Brésil- résidence Février – Mars 2015

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Résidence au Brésil, portée par l’Autre Idée entre Pernanbouco et São Paulo.

 

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Mercredi 4 février Jeudi 5 Février
Voilà, c’est parti. Je repars aujourd’hui vers le Brésil pour 6 semaines. Je suis arrivé à Rennes hier et j’ai travaillé avec Nicolas Fily de « L’Autre Idée » toute l’après-midi et une partie de la soirée. Ce matin, je quitte Rennes vers Paris, repars vers Madrid dans un premier temps pour prendre un vol vers São Paulo et de là, je rejoint Recife.


Je pars de nouveau à l’aventure dans un premier temps sur Recife et Olinda à l’invitation de Amaro Filho, le producteur de Pagina 21. Le voyage démarre bien, j’ai commencé par casser la poignée de ma valise. Puis, j’étais en surpoids avec une valise, du coup, je suis allé en acheter une autre pour les affaires allant en soute, je n’ose même pas vous dire le prix d’une valise de base achetée à l »aéroport! Là dessus, contrôle des bagages à main, c’est la première fois que cela m’arrive. 2 kilos en trop, retour à l’enregistrement pour la 3ème fois. ça va je réussis à trouver un interlocuteur compréhensible qui me fait passer. J’arrive à la douane, changement de personnel à l’écran qui amène un bazar à la réception des bagages. Bon après cette zizanie j’arrive quand même à me poser dans un coin avant l’embarquement vers Madrid. Paris-Madrid, 5 heures de transit et je repars, Madrid-São Paulo et São Paulo-Recife.
Amaro et Claudia sont là pour m’accueillir, il fait chaud, 29° minimum.

Recife1

Bon, on s’adapte, les amis m’amènent directement manger de la dorade et du poulpe en face de la mer, dans un quartier populaire. En fait, c’est un barrios, ici on ne dit pas favela. Ensemble de bâtiments construits comme ça peut et avec ce que l’on a sous la main. Méandre de petites ruelles avec des petites boutiques assurant la survie quotidienne de certains des résidents. Amaro m’explique la spéculation qu’il y a sur ces quartiers situés face à l’océan et où certains promoteurs seraient heureux de fabriquer des buildings de 20 étages. La cantine est très sympa malgré les portes ouvertes d’une voiture qui dégueule un son radioactif assez fatigant. Il y a 7 enceintes de basse et 5 tweeter dans chaque porte, du délire!
Puis Amaro et Claudia me promènent sur une digue ou Francisco Brennand a fait des sculptures monumentales.

Brennand

L’énergie du lieu et très douce et contraste avec l’effervescence que l’on voit en face. Recife compte entre 5 et 7 millions d’habitants, c’est une mégapole, où se côtoient tous les extrêmes, on le sent dès l’arrivée. L’ambiance est très détendue, il fait très bon vivre ici. Nous communiquons comme nous pouvons avec mon portugais peu performant mais comme dit le gourou « ça va s’arranger! ». Il y a de la musique partout ici. En fait, Amaro m’explique que le carnaval commence dès la fin décembre, les gens dansent et jouent pour ce temps fort de la vie de Recife et de Olinda. Il y a déjà de la musique ce soir à 100 m de chez lui, nous allons y aller. Amaro m’explique plein de choses sur Recife mais aussi le Sertão et cette culture populaire-rurale qu’il adore, je pense que nous allons aller y faire un tour. Un saut chez Amaro, pour une bonne douche, une petite pause. Ensuite Monica, la femme d’Amaro, vient me chercher pour que nous allions boire un verre dans le quartier. L’ambiance est décontractée, tout le monde se connaît ici et la convivialité est un sport national. Nous filons ensuite avec Amaro faire un saut au salon Porto Musical, nous marchons dans les rues du quartier historique, c’est super beau. Amaro me parle de sa ville avec amour, c’est un militant de la culture de Pernanbuco, il vibre en permanence quand il en parle. C’est très touchant. Nous arrivons sur la petite place, il y a plein de monde, la musique est un peu forte et assez ennuyeuse, une rythmique de base, les graves à fond,…. une couleur Coca Cola qui me lasse assez rapidement. je croise quelques connaissances, Peter Hvalkov du Danemark, des gens de Zone Franche et fait la connaissance de la chanteuse Renata Rosa. Nous allons ensuite dans un très beau café, le bar Mamulengo (bar des Marionnettes).

Mamulengo1 Mamulengo2

Amaro connaît tout le monde ici, il a des amis partout, c’est vraiment un personnage. Il me présente un tas de gens, quand il me présente, il an fait des tonnes, du coup, tout le monde me regarde avec respect, c’est très drôle. Je rencontre beaucoup de musiciens de Recife, un plasticien remarquable,  Tony Braga, on va peut-être essayer une petite performance musique-dessin durant mon séjour.

Braga

Il me fait un petit croquis en 5 mn et me le donne, ensuite nous croisons un guitariste qui me donne son cd, mes valises seront plus lourdes au retour qu’à l’aller je le crains.
Nous rentrons tranquillement chez Amaro, un petit arrêt pour une petite bière dans le quartier,
L’ambiance est posée

Vendredi 6 Février
Bonne nuit, réveil, petit déjeuner et en route vers la Praça do Arsenal pour retrouver Carlos Malta et Bernardo Aguiar qui jouent au « Paço do Frevo » un très beau lieu de mise en valeur du patrimoine autour de cette spectaculaire danse.

Paço Do Frevo3

Paço Do Frevo1 Paço Do Frevo2

Nous sommes super heureux de nous retrouver, une rapide balance et le concert démarre à 13h00. Cet un tout petit lieu plein à craquer, il y a beaucoup de musiciens. Carlos gère son concert super bien, il joue de la flûte basse, du pifano,; du saxophone, de la flûte en métal, du dizzy de Chine, une flûte de la région du Xingu en Amazonie, le concert est super bien construit, alternant humour, violence, surprise et tendresse. Les gens sont happés par sa musique et son charisme, la classe.
Puis Carlos m »invite à jouer les 2 derniers morceaux du concert, la magie fonctionne toujours entre nous, les instruments se connectent, la rencontre opère, les regards et les respirations sont en phase. Super. Le public à l’air de souscrire à la proposition. Nous ferons 2 rappels ensuite et le public est aux Anges.

Trio

Après le concert, tout le monde vient nous voir, je fais la connaissance de Moïse et de sa copine qui sont de L’Armor Pleubian et basés à Olinda pour un an, je retrouve des amis, bref, tout cela est bien chaleureux.
Ensuite, nous discutons un peu avec les amis et retour au Bar Mamulengo pour quelques verres avec encore et toujours des nouvelles connaissances de Amaro. Nous déjeunons à 16h00 (normal) et retournons nous poser chez Amaro où j’écris ces quelques lignes.
Que dire? ça va super vite, tout est parti sur les chapeaux de roues. Je suis super bien ici, il fait très chaud mais tout le monde prend son temps, on sent que c’est un pays où il faut savoir improviser (en musique mais dans tous les domaines). Cette période pré-carnavalesque est incroyable, on sent la pression qui monte.

Recife2 Recife3

C’est un évènement social, culturel mais aussi économique. Il y a des boutiques de costumes partout, les rues sont toutes décorées, il y a déjà de la musique partout, un groupe avec du gros son à un endroit, une fanfare acoustique à un autre, on croise des hommes et des femmes avec des costumes incroyables. Bref, ça bouillonne. Il y a un véritable enjeu économique aussi, durant 2 semaines, tout le monde va travailler à fond, le carnaval attire des millions de gens de l’extérieur, qui font travailler les commerces, hôtels, station service, musiciens, danseurs, … toute la ville vit pour le carnaval. Amaro m’explique beaucoup de choses sur la région, l’importance de la culture, je ne comprends pas tout mais mon portugais progresse furieusement.  Après une petite halte chez Amaro, nous repartons dans le « Bloc » cela équivaut au quartier ici. Amaro m’entraîne boire un verre dans un gargotte incroyable tenue par un personnage tout aussi étonnant!

Caldaçio1 Caldaçio2

Je vais rire pendant une demi heure des remarques du patron et de ses clients dans une payotte posée sur la rue, composée de bric et de brac mis là depuis des années. Ce lieu est incroyable!!

De là, nous retournons dans la rue en bas du bâtiment où réside Amaro, la rue est transformée en énorme terrasse, de part de d’autres, des cafés, le gens sont là depuis 17h00 et nous arrivons à 19h00.

Rua1

Il y a de la trombine ma doué! Des anciens au rides gravées à la serpe dans les visages, des femmes aux rondeurs dignes des Vénus de Willendorf, et de la musique , de la musique,..  Il y a un orchestre de frévo qui joue, il sera suivi d’un trio de forro, les gens parlent, mangent, boivent, chantent, …le temps s’arrète.

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Naara, l’une des programmatrice du Praço do Frevo nous rejoint, nous allons discuter ardemment pendant quelques heures. Puis Bernardo Aguiar nous retrouve, Carlos est resté dormir à l’hôtel, ils partent demain de bonne heure pour Rio avant de repartir à la Nouvelle Orléans pour un enregistrement. Je vais parler avec Bernardo, jouer quelques morceaux avec lui et les chants démarrent, samba, frévo, choro, …il y a une culture du chant ici qui est incroyable! Chaque situation amène une chanson et tout le monde chante. La musique est omniprésente dans la culture populaire. Amaro est vraiment imprégné de cette culture, il chante en permanence, il semblerait qu’il aie un répertoire qui force le respect. J’essaie de faire le point sur les informations que je reçois depuis mon arrivée mais tout va très vite et il m’est difficile d’être synthétique. Bref, Recife est incroyable, c’est une ville à l’énergie débordante, au patrimoine très riche, à la créativité permanente. La vie n’y est pas simple, entre catastrophe écologique (la présence des requins très près du bord de mer) et sociales (partage des richesses complètement aberrante, corruption, drogue dans les classes populaires …) mais on sent qu’ici, le feu bout en permanence sous la marmite.

Samedi 7 Février
Bon, là, c’est parti sur les chapeaux de roues!!
A peine, le petit déjeuner englouti, nous voilà partis à 2 pas de chez Amaro pour assister à une répétition de l’Orchestra Popular de Recife, dirigé par Maestro Ademir Araujo aussi dénommé « Mestre Formiga », le maître fourmi car c’est un travailleur acharné qui est réputé pour sa passion envers la musique. Il est très âgé mais dirige son orchestre avec une énergie incroyable pour ses 77 ans.

OPR

Ca joue terrible, les mises en place sont incroyable, c’est vraiment un orchestre populaire, on voit que les gens sont issus de milieux peu aisés. Il y a une force incroyable, cela me fait penser à certains groupes de la série Trémé. La répétition avance, des chanteurs sont invités, il y a là:
-Claudionor Germano
-Kely Rosa
et 2 autres chanteuses qui font les choeurs.
A un moment arrive une armoire à glace avec un énorme tatouage « Frevo » sur le bras, voilà le ton est donné. Il s’agit du fils de Claudionor, Nonô Germano.
Le premier chanteur, Claudionor Germano, est incroyable, c’est une figure locale et au début de la répétition, il a du mal à marcher, chaque pas semble une épreuve et , après 3 chansons, le voilà, qui danse avec un sourire allant d’une oreille à l’autre.

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Incroyable cette métamorphose, l’énergie de l’orchestre est une sorte de tonifiant pour lui, j’ai l’impression qu’il n’a rien à voir avec le grand père que j’ai vu en début de répétition.

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Les 3 heures de répétition vont passer très vite et j’en ai plein les oreilles. La pression acoustique de l’orchestre est impressionnante avec ce chef qui ne néglige rien. Là encore, on sent la force de l’amour propre des gens ici par rapport à leur culture, leur musique.

Nous sortons de la répétition et filons à Olinda en bus. L’ambiance du bus est bien déglinguée, on fait, pour le coup, un détour dans les rues de Recife, ville incroyable de 6 à 7 millions d’habitants. Les quartiers alternent entre quartiers historiques et buildings de 25 étages.
Nous longeons cette très belle mer, l’océan est omniprésent ici et arrivons à Olinda.

Olinda

J’ai un petit pincement au coeur car je me rappelle tous ces bons moments passés en 2012 avec Pierre Scheidt et Serendou durant le festival Tocando Pifanos. C’est vraiment un très beau lieu, paisible par rapport à la fourmilière qu’est Recife.

Olinda2

Nous allons déjeuner dans un restaurant au kilo. Tu remplis ton assiette de légumes, viandes, poissons, crudités et sauces diverses et tu vas peser ton assiette. Le prix de ton repas dépendre du poids de ton assiette. La nourriture est très bonne et après un petit café nous remontons les ruelles étroites de Olinda pour aller au bar Peneira. C’est l’effervescence, le café est situé à un carrefour et tout le monde converge ici.

Peneira1

Il y a plein de gens arborant le T-shirt du café, les musiciens ne sont pas bien loin et Amaro me présente plein de gens, Amaro est né ici et il y a vécu très longtemps, il connait tout le monde et je vois des tronches assez incroyables. L’endroit est bien déglingué, mélange entre un café et une cantine, je trouve même des disques à vendre sur l’étagère juste en dessous des poulets rôtis et des quiches!

Peneira2

Je me fais interpeller par un « Je suis Charlie » par une personne qui était au concert avec Carlos hier. Nous remontons ensuite les ruelles pour aller nous poser chez Benedito Da Macuca, un vieil ami d’Amaro. Apparemment, c’est une figure historique de Olinda, je veux bien le croire.

Benedito

Nous allons rester là 2 heures à deviser dans la rue sur la musique, le carnaval et un ami de Amaro, incroyable maître du pifano, qui a disparu de la circulation mais qui est en cavale après avoir assassiné un homme. Le Brésil paradoxal de la grande misère revient. Toujours la même histoire, l’exclusion d’un côté et l’opulence qui ne partage rien en face,… Qui sème la misère récolte la colère.
Nous repartons vers le centre névralgique et nous arrêtons au « Quatros Cantos » autre lieu important de l’Olinda Carnavalesque.

Quatro Cantos

Quatro Cantos2

Là encore, Amaro connaît tout le monde, à un moment, je me fais alpaguer pour aller un morceau en duo avec Sergeo, un pianiste, dans un tout petit café, tout près du carrefour. l’improvisation est de règle et je n’ai pas ma flûte, soit, je m’attelle à cette séance avec un Pifano, cela va bien se passer, le pianiste joue super bien et connaît bien les musiques populaires. Nous nous promettons de nous revoir avant la fin du carnaval.
De là, on fait 10 mètres et re-arrêt au café Peneira. Les fanfares déambulent devant nous avec des danseurs déjà en costume, on sent bien que la pression va monter progressivement et que l’apothéose va être une déferlante énergétique invraisemblable.

Quatro Cantos3

Amaro me dit qu’il est temps de rentrer tranquillement,j’acquiesce et nous commençons à prendre la route du retour au bout de 800 mètres, nous croisons un énorme cortège avec des marionnettes géantes et une fanfare qui joue du feu de Dieu, Amaro me dit, tout en sourire, demi-tour! Nous intégrons la cortège et participons à la parade dans les rues de la vieille cité. Il y a un monde fou. Parmi les marionnettes, j’en vois une qui ressemble à s’y méprendre à Jean-Yves Le Drian.

Le drian

Elle danse vacille, se redresse! Je suis mort de rire en pensant au décalage entre cette marionnette et le ministre breton, j’en parle avec Amaro qui est mort de rire. Nous imaginons, le faste de la politique et son décalage par rapport à cette ferveur populaire. Les tribulations de la marionnette deviennent très drôle par cet éclairage décalé.
Retour au café, petite bière et là, nous repartons pour de vrai. Sur la route du retour, j’entends un son incroyable et m’engage dans une petite ruelle pour tomber sur une répétiion d’un groupe de Maracatu. Le Maracatu est un rythme africain emblématique ici, tout en syncope et au groove amenant à la transe. La puissance des sourdeaux et autres alfaias me frappe en plein ventre. Je fais quelques prises de son de cet ensemble et nous décidons, enfin, de quitter Olinda. Un petit taxi nous dépose dans le quartier de Amaro et nous allons boire un dernier verre dans la rue parallèle à celle de la maison d’Amaro, la Rua Mamede Simões, pour retrouver les habitués, les voisins qui viennent ici se retrouver.

Dimanche 8 Février
Je suis épuisé, aujourd’hui repos. Je vais faire un tour à la plage de  avec Naara, une productrice de l’équipe du Praço do Frévo où j’ai joué avec Carlos. Elle m’explique des choses sur son travail, la vie culturelle de Recife et de l’état de Pernanbuco. Le Frevo, Maracatu, Coco, Siranda,..ont été classés au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Unesco. l’enjeu ici est énorme! Il y a des raffineries de pétrole dans l’Etat et d’énormes exploitations de cannes à sucre mais la musique, la culture et la patrimoine constituent une manne essentielles pour la vie de l’Etat, particulièrement pour les gens de Recife et Olinda. Il y a les orchestres, les costumiers, les magasins, d’instrument, les fabricants de marionnettes, les érudits qui travaillent sur l’histoire du carnaval, les écoles et autres centres de formation et bien sûr, les commerces, restauration, hôtels,.. qui vient grâce au tourisme généré par la réputation de la cité. Comme en Roumanie, où l’on trouve des villages dont l’unique activité est celle des orchestres de musique Roms. ici tout respire au rythme de la musique, tout transpire la force de cette culture. Une incarnation réelle et puissante de ce peuple de musiciens et de danseurs.

Lundi 9 Février
Début de semaine tranquille après tous les activités de l’arrivée. Amaro est parti à son travail et j’en profite pour mettre un peu au clair tout ce que j’ai vu, entendu et ressenti. Je vais donc passer la journée ici, faire le tri des photos, des prises de son. Travailler un peu la flûte, il ne faut quand même pas oublier que j’ai des concerts à São Paulo et le répertoire n’est pas simple pour moi.
J’en profite pour observer un peu le quartier.

grafs

L’immeuble d’Amaro est situé au près d’un carrefour de gros boulevards, rue João Lira, la circulation est ininterrompue de 5h du matin à 19h00, tout cela est très sonore.

Chez Amaro

Alternent voitures, motos, bus, attelages avec cheval,… parfois une voiture s’arrête au feu rouge avec un son énorme que j’entends ici comme s’il était dans la pièce (je suis quand même au 5ème étage). La nuit, les voitures ne s’arrêtent plus au feu rouge, réflexe lié au banditisme je pense. Incroyable ce contraste entre nonchalance et conscience du danger. Ceci dit, Amaro m’a bien dit que dans la journée, il n’y a aucun problème à Recife et Olinda.

Donc, au travail jusqu’à 18h00. Amaro revient du travail, c’est une période chargée pour lui car tous les dossiers concernant ses projets se montent en ce moment, il est donc en permanence au travail avec Claudia et Raphaël pour monter ses dossiers. Monica, sa femme, est professeur dans un lycée où elle enseigne l’histoire des arts liés à la culture de Pernabuco, Aymara, sa fille, est productrice, donc tout le monde ici travaille autour de la musique, des arts, de la culture et du patrimoine de Pernanbuco.
Amaro rentre, son téléphone sonne et, victoire, il crie de joie. Un de ses projets a été soutenu au niveau national. Il provoque chaque année une rencontre entre 2 musiciens, l’un de Pernanbuco et l’autre venant d’ailleurs au Brésil. En l’occurrence, il s’agit d’un duo entre Guinga (compositeur-guitariste de Rio de Janeiro) et Spoke (saxophoniste de Frevo de Recife), ces 2 musiciens se connaissent et se respectent mais n’ont jamais joué ensemble. Amaro les met dans les conditions de le faire, ils se rencontrent et répètent un jour et font un concert le lendemain. Amaro avait déposé son dossier à une officine national, il était le seul projet de Pernabuco mais étaient aussi sur les rangs 3 propositions venant de Rio et 3 de São Paulo. Donc, c’est la fête! Nous allons manger ce soir dans la rue en bas de chez Amaro avec Peter Hvalkov du festival de Roskilde qui était là pour le Porto Musical et son ami Paulo.Soirée sympa à deviser tranquillement.

Mardi 10 Février
Ce matin, retour sur la flûte pour avancer un peu. J’en profite aussi pour envoyer des fichiers sur la freebox de l’Autre Idée. Monica ne travaille pas aujourd’hui, j’en profite pour discuter avec elle de son travail qui est à Janga, pas tout près d’ici. Elle a organisé son travail pour y aller 3 jours par semaine. Elle m’explique les origines du Frevo, cette danse assez incongrue vient de la Capoeira, En fait, des régiments basés à Récife paradaient pendant le carnaval au 19ème siècle (d’où la présence des cuivres). Cela chauffait souvent entre eux et les défilés, qui étaient ouverts par des danseurs de capoeira (qui est une danse-art martial provenant des esclaves africains, ils n’avaient pas le droit de pratiquer de sport de combat alors ils ont inventé cette danse pour déjouer l’interdit et pratiquer quand même un art martial). Le problème est que durant le carnaval, cela tournait souvent très mal et les rixes étaient nombreuses entre danseurs de capoeira qui sortaient souvent les couteaux. Cette danse a donc été interdite par les autorités et les couteaux remplacés par des ombrelles multicolores avec lesquelles les danseurs effectuent des figures de plus en plus rapide.
Après un très bon déjeuner en compagnie de Aymara, Monica et Valentine une amie de Aymara qui parle très bien français, je pars vers le Paço do frevo pour rencontrer André et Naara.
Évidemment, je me perds et mets 2h à faire un trajet qui normalement dure 20mn. J’erre dans les ruelles de Recife et traverse des quartiers très populaires avec plein de boutiques de çi et de ça. Le mélange d’odeurs est impressionnant, gaz d’échappements, fritures, parfums, odeur de mer, le plus difficile, les crevettes qui pourrissent sur le sol, oula! Il fait super chaud et humide, je transpire allègrement. Je demande mon chemin plusieurs fois et je finis par retrouver le lieu. André m’attend et nous allons discuter une bonne heure. Il a été séduit par mon jeu et me demande de réfléchir à un projet pour l’an prochain. Il démarre cette années des activités pédagogiques autour du Frevo. Une école de musique s’ouvre, ainsi qu’un studio et une web radio. Il souhaite que je m’implique pour montrer aux jeunes musiciens faisant partie de l’école de musique une autre façon de penser le frevo, par l’écoute, l’improvisation. Ces jeunes viennent de milieux populaires, ils ont souvent des instruments de mauvaise qualité et dès qu’ils sont un peu formés, ils cachetonnent car ici la survie est de rigueur et la musique un moyen de survivre. André souhaite donc ouvrir des fenêtres plus artistiques et créatives. Je lui promet d’y réfléchir. Ensuite, il me dresse un portrait de la culture ici peu séduisant. Sorte d’alibi de l’Etat et de la mairie pour faire tourner le tourisme, fonctionner la pompe à bière et divertir les classes populaires afin d’éviter toute revendication sociale si cette dernière commençait à prendre le temps de réfléchir. J’entame ensuite la visite du lieu, il est tout neuf et tout dédié au frevo.
Au premier, l’école de musique, des salles de répétition, des salles de cours théoriques, des salles de répétition individuelles, un studio d’enregistrement, un studio de radio, une salle pour travailler les batteries,…. tout est neuf!

Studio
Au rez de chaussée un espace de concert et de restauration, un centre de documentation avec des archives vidéos, des disques en libre écoute, des photos, un ensemble de données numérisées et disponible pour qui veut travailler autour du frevo.

frevo
Je rencontre le responsable de l’endroit: Leonardo Esteves qui me fait visiter et m’explique tout le travail d’archivage et de mise à disposition.
De là, nous retournons dans le hall d’entrée, il y a un concert de l’orchestre de Josildo Sà. Ca joue super, zabumba, caisse claire, accordéon touche piano que l’on appelle ici symphonia, clarinette et chant.

Concert Paço do frevo

Le chanteur est charismatique et on sent le métier, il sait s’adresser au public et très vite tout le monde chante et danse.

Frevo2 Frevo3

Le clarinettiste m’impressionne, il joue très bien avec une clarinette en fibre de carbone transparente, il serait parfait à Glomel. L’ambiance se réchauffe, des gens commencent à danser, on sent la pression pré-carnaval, je pense que le carnaval va être un temps d’explosion, de transe, de tout un tas de chose que je ne saurai imaginer venant de Bretagne.
Puis arrivent de jeunes danseurs qui se mêlent au public et qui dansent super bien, incroyable cette évidence du chant, de la musique et de la danse.
Pour vous donner une petite idée:

On fait tout cela ici comme on respire. L’énergie ici est incroyable, mystérieuse et généreuse. A la fin du concert, Naara me présente le clarinettiste qui s’appelle Adilson Bandeira, je vais discuter avec lui ensuite continuer ma visite du lieu en compagnie de Naara qui m’emmène au 3ème étage où il y a une grande salle sur toute la surface avec des bannières et des étendards sous verre sur lesquels on marche en regardant des photos et des commentaires sur les murs.

Paço do frevo2 Paço do frevo

La scénographie est très drôle et j’hallucine de tout ce travail réalisé pour la mise en valeur du Frevo.
Quand je laisse Naara, elle me donne une clé usb avec 300 frévos dessus. Je fais pouvoir me cultiver!!!
De là, je rentre chez Amaro, sans me perdre et retrouve les amis, une petite galette de tapioca, un thé et au lit.

Mercredi 11 février
Au travail ce matin chez Amaro, j’ai de nouveaux morceaux à apprendre pour les concerts à São Paulo. Je vais un peu sur internet voir les nouvelles et découvre les attentats et meurtres à Diffa au Niger. Je pense beaucoup à Yacouba, il doit être bouleversé, lui qui aime tant son pays. Le Centre Culturel Franco Nigérien de ZInder a brulé en Janvier, c’est là que nous avons enregistré l’album de Serendou, j’en garde un souvenir merveilleux. Je pense que je n’irai plus jamais là bas, je ne sais pas si je pourrai retourner au Niger bientôt. Quel monde misérable, ce pays si riche où toutes les ressources sont pillées par un occident arrogant et égoïste provoque cette colère qui touche d’abord des civils, pauvres et innocents. Je n’ai jamais senti cette colère chez ce grand homme qu’est Yacouba, il est d’une force et d’une sagesse incroyable. Là-bas, comme ici, comme en France, une minorité s’arroge le droit de posséder tout, sans partage, conduisant ce monde à sa perte.
Malgré le soleil, la ferveur populaire, la musique et la danse, la misère est présente en permanence ici, des couples dorment dans la rue, on croise des adolescents les yeux hallucinés par le crack ou la colle, on devine dans les ruelles un habitat proche de ce que j’ai vu au Niger alors qu’au loin se dresse l’arrogante tour moderne des bureaux d’affaires.
Cet après-midi, je retourne au Paço de Frévo, André m’a invité à venir hier à la projection d’un film. Il s’agit de « Sete Coraçoes » (7 coeurs), un documentaire sur 7 maîtres de Frevo. Entendez par maîtres 7 chefs d’orchestre, compositeurs, arrangeurs. Un incroyable saxophoniste, Spoke (prononcez Chpoki) a eu la lumineuse idée de faire un documentaire sur ces 7 personnes emblématiques du Frevo ici. Il les convie donc chez lui et autour d’un café, il leur propose d’écrire un frevo à 7 mains, la proposition est accueillie un peu fraîchement au départ puis tout le monde que c’est une bonne idée et le film montre Spoke aller de l’un à l’autre avec l’évolution de cette partition en fonction des idées des uns et des autres. C’est très très beau, j’ai des frissons à plusieurs reprises durant le film.

7 Corraçoes

Cette musique est incroyable, mélangeant les rythmes africains, groove obsessif et transe païenne, écriture de big band digne parfois des formations de Duke Ellington avec des citations a Mozart, Ravel, ou Haydn. Je vois des images merveilleuses de fanfares déambulant en bus, jouant sur des scènes énormes, dans des cafés ou dans les rues. A l’issue de la projection, la 7 maîtres sont là et ont droit à une standing ovation.

7 Corraçoes2

Viendra un temps de témoignage de chacun des maîtres, vieilles personnes toujours habités par le feu de cette musique et de la culture populaire, un échange avec le public avec Spoke au milieu, humble, comme un enfant au milieu des ces anciens.

Pour ceux qui veulent un assortiment cohérent de Frevo, c’est ici:

http://revistaogrito.ne10.uol.com.br/page/blog/2015/02/11/o-frevo-e-foda-as-melhores-cancoes-do-genero-e-suas-historias/

Le soir, je repars avec Amaro, une petite escale dans le quartier pour boire une bière. Je vais me promener un peu alentour et m’arrête discuter chez Caldacio, le personnage qui tient une buvette sur la rue un peu plus loin. C’est vraiment quelque chose, cette buvette, un bric à brac improbable, il cuisine en même temps et de grosses gamelles font mijoter un ragout épicé qu’il me fait déguster, excellent.

Caldaçio Caldaçio2

Je retrouve Amaro et toute l’équipe et on me fait goûter une omelette aux fruits de mer. C’est comme ça ici, on prend le temps, on discute, on boit, on grignote quand on a faim et on papote,….

Amaro-Aldenir

Au bout d’un moment, Amaro me dit qu’on va se balader. Nous retournons donc à Marco Zero. La pression continue de monter, il y a de plus en plus de gens dans les rues, les fanfares se suivent et les tambours résonnent dans la vieille ville. Les gens commencent à mettre les déguisement et on sent que le moment de l’explosion se rapproche.

Précarnaval

Trompettiste

Fanfare

Je fais quelques prises de son ici et là et nous arrivons enfin près de Marco Zero qui est le centre névralgique de la fête. Une scène énorme est là, j’entends des cuivres qui jouent terrible et nous nous approchons. Arrivé près de la scène qui envoie en son monstrueux, je reconnais Spoke qui joue là avec son orchestre de Frevo mais il y a également des musiciens de rock et des rappeurs. ça sonne!!

Marco Zero

Spoke est vraiment la star ici, il est très impliqué dans la programmation et l’organisation des concerts du carnaval 2015 (homenajeado). Tous les ans, le carnaval honore un musicien et un peintre. c’est année c’est Spoke et le CCM Bola de Ouro (exceptionnellement un club de carnaval). Ce soir, c’est la répétition pour l’ouverture si je comprends bien. Il y a des danseurs qui investissent la scène, miment le carnaval sous tous ses aspects, concentration humaine, alcool, danse, sexe, violence,…. puis les figures deviennent plus spectaculaires et les danseurs se lancent dans des acrobaties impressionnantes à tour de rôle. La machine me semble bien huilée.
Nous continuons la ballade dans le quartier, croisons des amis, picorons les sons ici et là. J’observe la rue qui change d’énergie, je connais un peu le quartier, il y a déjà beaucoup de canettes vides et d’emballages par terre, je n’ose pas imaginer ce que ça va être pendant 2 semaines. Je suis vraiment dans un autre monde, tout est énorme. J’imagine, qu’ils n’ont pas encore entendu parler de la décroissance ici.
Nous revenons près de la grande scène, Spoke a terminé sa répétition, Amaro vient le saluer et me présente. Il a déjà entendu parler de moi et du concert avec Carlos, il est très heureux de me rencontrer et m’invite à reprendre contact avec lui dans quelques jours.

Spoke

Tout va bien. Nous rentrons tranquillement, demain, le programme est chargé.

Jeudi 12 Février
La routine s’installe, je vais travailler la flûte le matin. Amaro passe me chercher pour aller à l’Alliance Française, nous y allons en voiture. Il y a beaucoup d’embouteillages car aujourd’hui les ponts de Recife sont fermés à la circulation. L’entrevue avec Adrien Lefevre se passe bien, il est très avenant et nous explique le fonctionnement de l’Alliance qui donne exclusivement des cours de français. je lui présente mon parcours, l’Autre Idée, mon histoire avec le Brésil et ensuite nous parlons de l’échange dont m’a parlé André au Paço do Frevo et, également, de l’échange entre Tocando Pifanos et les Fifres de Garonne. Amaro tient à faire venir les Sous-Fifres en 2016 mais a besoin de soutien pour le faire de manière optimale. Bon rendez-vous, la discussion est très riche et chacun apporte sa contribution, des idées, des rêves.

Alliance Française

Tout va bien, nous laissons Adrien après 3h de discussion nous promettant de nous revoir avant mon départ.
Pas de temps à perdre nous sommes attendus pour assister à une répétition du groupe de César Michiles. La voiture est bloquée par les embouteillages et cela va nous demander du temps avant d’arriver à destination. Je redécouvre les quartiers que j’ai traversé l’autre jour quand je me suis perdu.

Quartier Chaud

J’en fait part à Amaro qui m’explique qu’heureusement que je ne me suis pas perdu de nuit ici!
Le quartier a changé en quelques jours, gradins et autres barnums ont été montés, il y a une remorque de camion remplie d’enceintes, le son sera fort bientôt ici.
C’est un quartier très populaire, il y du son partout, des avenues pleines de buvettes, c’est sûrement un des points chauds du carnaval.

Nous arrivons au studio, César nous attend. C’est un jeune flûtiste venant d’une famille de musicien, son père est connu pour des tubes qu’il a écrit autour de la culture de la région ici. Il y a là batterie, percussions, basse, guitare, piano et flûte bien sûr. Dès le premier morceau, le ton est donné, c’est très virtuose et très très bien joué. Les mises en place (redoutables se succèdent) avec un orchestre très fort.

Cesar Michilles

Le répertoire se compose d’un mélange de compositions et de reprises. Je suis très impressionné, ce jeune flûtiste est une machine à jouer, la mécanique des doigts est impressionnante, le jeu, l’écoute, la rigueur et le swing evel just.

Cesar Michilles2
Nous allons rester plus d’une heure à nous régaler et ensuite prendre un petit temps pour discuter avec César, beau garçon, super musicien, en plus il est archi sympa!! Amaro adore César, il aimerait également le voir jouer sur les bords de Garonne dans quartet inédit avec Caca Malaquias (sax, flûte,..) et 2 percussionnistes. C’est sûr que ça mettrait le feu par là bas.
Nous nous disons au revoir et espérons nous revoir durant le carnaval.  Retour dans le trafic, je regarde les rues, le contraste entre les lumières de la ville et les paillettes du carnaval et les gens que je vois dans la quartier. Des petites boutiques à même la rue, des gens qui survivent comme ils peuvent et toujours au loin, les buildings qui brillent.
Petite pause à la maison et nous repartons vers la Praça Maceo Pinheiro où nous attend Monica et des amis. L’ambiance est tranquille, nous buvons un petit verre, Naara nous rejoint et passées 30mn, on me dit de bouger. Nous marchons 50 mètres et là! Ouffffff! C’est parti, les cuivres lancent le Frevo, il y a du monde partout, des gens en costume, des danseurs, le Carnaval commence officiellement demain mais j’y suis! ça y est.

3 tubas

Il faut se tenir par la main, sinon, on se perd tout de suite, les gens sont tout en sourires et chantent les thèmes connus joués par les cuivres.

Praça Maceo Pinheiro3

Je note une toute petite clarinette que j’ai déjà aperçu précédemment. Amaro me dit que cet instrument est très populaire ici, il ne joue que dans les aigus et on l’entend malgré le fracas des cuivres et des percus, l’instrument s’appelle la requinta, il y en a partout ici.
Le cortège avance, traverse la  Rua de Pela Tres, je vais au devant du cortège, il y a des petites rondes avec des performances de danseurs et danseuses très acrobatiques, l’énergie autour de moi est incroyable. ça danse, ça danse, je croise Otavio, un danseur, ami de Marcelo Costa que j’avais rencontré à Rennes, il est passiste de Frévo aussi et me dit que ce soir ici, ce sont les « Guerreiros do Passo », les guerriers, ils sont impressionnants, ils ne dansent pas avec un ombrelle mais avec un parapluie, hommage à la danse des origines du début du siècle. Nous arrivons sur un pont, encore quelques joutes de danseurs et cela semble la fin.

Praça Maceo Pinheiro2 Praça Maceo Pinheiro1 Praça Maceo Pinheiro4
Naara me propose d’aller voir les Caboclinos, groupe lié aux indiens, j’accepte et nous repartons dans les rues de Recife. Il y a du monde partout, déjà. Nous traversons les quartiers du recife antique, je fais la connaissance de la chanteuse Claudia Beija, elle me donne cd et dvd, …super! Trop tard, les Caboclinos ont fini, j’espère en voir demain. Je commence à avoir ma dose de Frevo.
Nous retrouvons Amaro au Bar Mamulengo, il connaît tout le monde, il est super apprécié et respecté ici. Naara le charrie en lui proposant de postuler à la mairie de Recife. Il répond d’un gigantesque bras d’honneur!
En fait, c’est une sorte d’anar, pétri de culture populaire locale, fier d’être de Pernanbuco,… en riant il me dit que Pierre Scheidt va devenir le maire de Recife et que lui sera le maire de St Pierre D’Aurillac.
Devant le bar, une autre fanfare, ça joue terrible. Il y a là couleurs, rythmes, odeurs, sons,… Je commence à comprendre un peu ce monde fou du carnaval.

Praça Do Arsenal
Petite ballade nocturne, les rues sont calmes, il y a beaucoup de flics aussi. Nous rentrons à la maison, avant de nous faire alpaguer par un autre ami de Amaro que j’avais rencontré à Olinda en 2012, bon, du coup, on va aller boire un verre dans un petit bar du coin. En fait, il y a un concert de ….frevo avec encore des musiciens incroyables Adalberto do Bandolim joue à 330 à l’heure avec des jeunes musiciens, ça groove, ça improvise sur un tempo infernal avec toujours ces mises en places terribles. Le verre va durer 3 heures,… Demain ça commence!

Adalberto do Bandolim

Vendredi 13 Février
Mauvaise nuit, le ventilateur a lâché, j’ai eu très très chaud, sons subliminaux, pendant la nuit entre 2 petites phases de sommeil, j’entends des sons que je connais. Amaro termine sa nuit avec Yvon Riou et Ainara dans la salle à manger…. Très fort que c’est evel just!
Réveil avec le réparateur de ventilo, petit café et au travail. Je continue à bosser mes morceaux. Monica me prépare du poisson pour ce midi, de la morue avec des crevettes marinées dans un lait de coco maison. Elle est étonnante, toujours calme, un vrai contraste avec son bouillonnant mari, sorte de Zébulon du Nordeste, elle est tranquille, toujours le sourire. Ce couple est très amusant. Des amis arrivent pour le déjeuner, des amies de Monica et Toni Braga, le dessinateur rencontré à Olinda en 2012. Le repas est succulent, une petite sauce, du riz, de la salade, le poisson et les crevettes dans une sauce douce délicieuse. L’ambiance est détendu et les blagues volent entre les convives. Nous partons ensuite faire les courses, Amaro ne sort pas aujourd’hui, il passe la journée à préparer une fejoada pour demain où il a invité plein de monde à la maison.

Amaro-Cuistot

Feijãos
Les rues sont étrangement calmes, Amaro a laissé sa voiture au garage, elle ne ressortira qu’en fin de semaine, beaucoup de gens font la même chose et le boulevard qui bouchonnait hier est devenue une rue tranquille. Au loin, les pétards résonnent, je vais donc sortir avec Monica pour l’ouverture du carnaval. Nous nous arrêtons pour récupérer des amis à elle et Naara nous rejoint, ça y est j’y suis. Les rues, les boulevards, les terrasses,…il y a du monde partout. Des gens déguisés, des petites boutiques sur la rue succèdent aux buvettes de 50 m de long. Nous arrivons à Marco Zero et là, j’ai une pensée particulière pour Hopi. La maître d’oeuvre de la cérémonie d’ouverture est Nana Vasconcelos, merveilleux percussioniste brésilien qui à 70 ans aujourd’hui. Il dirige un ensemble de 12 batucadas, soit à peu près 300 percussionistes, les alfaîas et sourdeau résonnent dans la rue. C’est un Maracatu géant.

Ouverture

Le Maracatu est une pratique de percussions lié à l’héritage africain. Là nous sommes dans la pulsation essentielle, loin des musiques européennes, c’est d’une puissance hallucinante, les batteurs font de larges mouvements de bras avec les baguettes, tout en dansant avec une classe merveilleuse. La transe démarre, les mises en place se succèdent les baguettes s’écrasent sur les peaux avec un fracas de fin du monde et ça groove, ça groove. Entre rituel protocolaire et tambours tribaux, la sauce commence à grimper sérieusement. 7 chanteuses interviennent sur quelques morceaux avant que le public ne s’y mette. la pratique du chant populaire ici encore et encore. Du rythmes, de la danse et du chant, bien loin des pépées et des chars de Rio et de São Paulo. Woaw!!
Le départ des groupes, un à un, avec une présentation des nations africaines qui sont représentées est incroyable, chaque groupe joue son Maracatu, chaque groupe a sa danse, son orixas, son babalorixas et tout est d’une force, d’une cohérence et d’une justesse.
Une petite idée de ce qu’est le Maracatu:

Puis arrive l’invité d’honneur, Spock, il a 3 heures de shows qui arrivent et qui vont monter en puissance. ça démarre déjà en trombe avec des Frévos instrumentaux envoyés par un orchestre monstrueux, le son est terrible oulala. Je chavire, il y aura 20 invités dans ce big band merveilleux, dont les 7 maîtres vu l’autre jour, et le chanteur Claudionor Germano vù à la répétiton du Maestro Formiga.

Ouverture2 Ouverture3

Je me dis que j’ai bien de la chance. Amaro m’a présenté ce qui se fait de mieux ici. Je connais tous les kadors alors que je suis arrivé la semaine dernière. Merci Amaro! J’ai eu une très bonne idée de te solliciter par rapport à la proposition de l’Autre Idée. Le public répond en masse dès qu’il connaît une chanson, derrière mois 30000 personnes chantent du Frevo! Dans quel pays d’Europe peut-on imaginer celà? Une connexion si forte avec une musique si subtile, si riche, si variée.
Tout semble évident, posé là depuis toujours. Je suis impressionné et me sens vraiment tout petit! Une petite ballade dans les rues de Recife mais l’ambiance alcool, consommation me dérange un peu. Je décide d’aller me poser dans la rue près de chez Amaro et digérer tranquillement le concert incroyable auquel je viens d’assister. Retour à la maison, Amaro n’est pas sorti, il est resté préparer la Feijoada pour demain.

Feijoada

Pas de soucis pour être au Carnaval, la cérémonie d’ouverture est diffusée en direct sur la chaine nationale!!
De la fenêtre de Amaro, j’observe la rue. En fait, il n’y a quasiment que des taxis qui roulent! Toutes les voitures ont au garage. Amaro m’a aussi expliqué qu’avec tous les cours d’eau qui irriguent Recife, on peut rentrer à la maison en bateau. Il y a une masse de bateaux-taxis qui attendent et Recife ressemble à Venise le temps du Carnaval.

Samedi 14 Février
Alors là……
Par où commencer?
Ce fût l’une des journées les plus incroyables de ma vie. J’essaie de remettre les idées en place mais ce n’est pas simple, j’ai reçu beaucoup beaucoup d’informations aujourd’hui.
Bon, il faut bien commencer par quelque chose. Aujourd’hui le rituel important s’appelle ‘O Gallo de Madrugada », le poulet de l’aube.

Galo Galo2

C’est le temps fort du carnaval de Recife.
6H30 Je dois me lever et Claudia, l’administratrice d’Amaro vient me chercher. Nous partons avec elle et Manuel dans la rues de Recife. Il y a déjà plein de monde dans les rues et je croise déjà, à cette heure, des jeunes hommes armés de canettes de bière. Oula; Nous allons marcher dans les vieux quartiers populaires e Recife et Manuel m’explique plein de choses sur la tradition.

Carnaval2

Carnaval1

Carnaval3

Je reconnais les quartiers où je me suis perdu il y a quelques jours et les amis me disent que j’ai eu beaucoup de chances, nous sommes en plein coupe-gorges!!  Il y a des semi-remorques énormes chargés d’un son inoui!

Carnaval4

Le son va être très fort tout à l »heure.
8h00 Nous finissons par arriver à un vieux fort colonial qui est un lieu de rendez-vous. Le Fort de 5 pontas. Nous attendons là un petit moment, voyons des gens costumés qui arrivent progressivement.. On me propose une bière que je décline car je trouve que 8h00 du matin est un peu tôt. Les costumes sont incroyables, Il y a des associations caritatives qui distribuent des pochettes avec des préservatifs au public. J’en prends, comme tout le monde et je vois les flics, tout contents du cadeau qui font des provisions pour les jours à venir.
9h00 La tension monte, je vois le festivaliers arriver, es costumes sont superbes et plein d’imagination.

Carnaval5 Carnaval6 Carnaval7

Carnaval8 Carnaval19 Carnaval18 Carnaval17 Carnaval16 Carnaval15 Carnaval14 Carnaval13 Carnaval12 Carnaval11 Carnaval10 Carnaval9

Tout semble simple, une fête populaire, pour le peuple et par le peuple, la visite du préfet est sujet à mouvements de foules. Il viens serrer des mains et se montrer. La compagnie qui me guide ne cours pas lui serrer la main, me disant qu’il ferait mieux de s’occuper des routes de Recife, de la pollution, de l’éducation des pauvres au lieu de venir ici.
10h00 un feu d’artifice énorme de plus de 5mn annonce que le cortège va s’ébrouer, le son est énorme une fin du monde que même à St Pierre D’Aurillac on a pas entendu. les amis continuent à la bière, je reste à l’eau. La procession démarre, Claudia préfère que nous prenions un raccourci  pour éviter d’être abruti par le son. Nous nous engageons alors dans des petites ruelles remplies de petites boutiques qui vendent, boissons, nourriture, chapeaux, lunettes de soleil,… Nous arrivons à un carrefour que j’avais déjà vu avec Amaro, il y a là des espaces gradinés pour les VIP qui veulent assister au défilé.

Carrefour Carrefour2 Nous allons rester là quelques heures. Il fait très chaud, le soleil tape fort, je cherche de l’ombre mais je sen mon crâne qui chauffe.
11h00: le défilé à commencé, devant nous défilent des chars avec des ensembles de cuivres, des marionnettes,…les gens dansent et chantent. C’est un ballet ininterrompu de festivaliers devant moi.  Il fait très chaud, le soleil tape fort, je cherche de l’ombre mais je sens mon crâne qui chauffe. Je rencontre Glenion, très sympa, il vient de la région de Carurau, nous discutons âprement de la vie au Brésil, en France, de Charlie,…Ici, on se souhaite en permanence « Bon Carnaval! », c’est aussi important que bonne année et Joyeux Noël.
J’attaque ma première bière. Il fait très chaud, les tambours cognent profondément dans mon corps en commençant par les pieds. Les cuivres obsédant matraquent mes oreilles sous les Hourra de de la foule, et toujours cette foule qui ne s’arrête jamais de passer, du monde, du monde,…

Carrefour3
12h00: les chars passent au carrefour, ma télévision filme le défilé, chaque char a sa personnalité, le poulet dirige le cortège. Autour des chars d’où sort un volume sonore insensé,  des gens, des gens, qui dansent, chantent,… Le saba est commencé il se terminera dans quelques jours. Il y a des marionnettes géantes dans le cortège, elles ont l’air d’être humaines dans cet ensemble surréel !! Du monde encore et encore, du tempo encore et toujours et les amis de Claudia tout aussi sympa les uns que les autres, il fait chaud, j’ai la tête en feu. Je prends une autre bière.
13h00 nous bougeons, nous allons essayer de retrouver le cortège par une autre route. Nous continuons cette traversée de quartiers pauvres, les amis me disent que le Carnaval est bien car il est démocratique, entendez, ici tout le monde y participe, toutes les classes sociales avec une valorisation créative pour les pauvres. Je lui réponds que c’est aussi un os à ronger pour ces mêmes pauvres qui, quand ils s’amusent et revendiquent une identité durant le carnaval, ils ne font pas trembler le système. Nous allons déjeuner dans ne petit marché très sympa, le Mercado da Boa Vista, sur la route, j’en profite pour acheter un chapeau car j’ai peur du coup de bambou. Nous allons rester là 2h00 à picorer des petites spécialités du Nordeste sur fond de Frevo, un orchestre joue et il y a plein de danseurs expérimentés qui multiplient les figures et les sauts.

Boa Vista1

Boa Vista2 Boa Vista3

Nous allons rester là 2h00, je fais la connaissance d’Arthur un journaliste réputé ici et de Jesus un photographe de São Paulo qui vient couvrir le carnaval.

Jesus Carlos

Nous continuons la déambulation, croisons superman, batman, 25 wonder women, des indiens d’Amazonie, capitaine Caverne, des centaines de beautés incroyables, des soldats napoléoniens, des cangaceiros, des hommes déguisées en pompe à essence (dénonçant me scandale Petrobras qui éclabousse l’actuel gouvernement du Brésil), des Arlequins, …. je commence à vaciller.
17h00 nouvelle pause dans une petite buvette d’un quartier pauvre, il y a des gens qui dorment à même le sol, la misère est présente ici.

Rues-Recife

On croise régulièrement des gens qui ramassent les canettes qui traînent sur le sol. Moyen de subsister, la mairie rachète une misère la récolte des pauvres pour nettoyer un peu les rues. Pas de service municipal pour ça ici. Je continue à écouter, je ne veux rien perdre de ce moment extraordinaire où chaque sens est sollicité avec une puissance inimaginable, je regarde, écoute, sens, tente de mémoriser la masse d’informations qui converge vers moi.
18h00: nous nous rapprochons de la maison d’Amaro qui est resté chez lui et a invité plein d’amis tout au long de la journée pour une feidoada. Un dernier verre avec Claudia et Jesus, on me fait remarquer que je suis rouge et que j’ai du attraper un coup de soleil.

Jesus Carlos2

Puis, la tornade finit par m’atteindre et venir à bout de ma résistance, je bascule dans un autre monde que ma mémoire, le respect des lecteurs et une partie de mon amour propre ne me permet pas d’écrire ici. Fin de chantier!

Dimanche 15 février
Réveil de bonne heure, pas de gueule de bois trop méchante. Petit déjeuner rapide et en route vers Olinda. Amaro ne vient pas avec nous, il souhaite ranger la maison. Nous partons avec Monica et des amies en bus. Arrivés à Olinda, nous faisons une bonne marche, bien sûr, c’est plein de monde, partout, des festivaliers, des centaines de petites boutiques sur la rue qui vendent boissons, lunettes, artisanat.

Olinda3

Nous déambulons dans les rues étroites aux pentes raides et arrivons en haut de Olinda pour attendre que le défilé démarre. On me propose un bière, je décline. Là aussi des costumes incroyables, du Frevo, du monde, du monde,…

Olinda4

Olinda5

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Finalement le cortège s’ébroue et dans une ambiance de liesse douce, nous traversons Olinda, il fait encore très très chaud, j’ai mon chapeau mais je sens le coup de soleil de la veille. Là encore, costumes incroyables, beautés merveilleuses et ambiance populaire, des enfants, de vieux, des couples,… tout le monde avance, danse, chante les refrains populaires. Je vois Olinda dans haut et toutes les rues sont pleines de monde.

Olinda4bis

Olinda7bis Olinda7

Là encore, distribution de préservatifs sur le cortège. Au bout de 2 heures, nous arrivons en bas de Olinda à un carrefour ou, Monica nous dit que nous pourrons voir tous les défilés.

Nous nous posons là pendant 3 heures à discuter, regarder, rire, boire des bières, écouter ces musiques, regarder ces danses,…

Olinda8 Olinda9 Olinda10 Olinda11

Ce qui est vraiment fascinant, c’est cet énorme répertoire populaire connu par tous ces gens. Tout le monde chante, et les chansons sont autrement plus subtiles et poétiques que chez nous? Tout groove, base de départ, les mélodies sont parfois très difficiles et tout le monde partage cela. Ce que je ressent le plus ici, c’est l’innocence, le côté puéril de la fête, après, il y a bien sûr le business, le sexe, l’alcool, la violence,… mais le côté ingénu d’une fête collective me frappe vraiment, le mot brincadeira (faire des farces) revient souvent ici, les gens se chambrent, font des farces, un individu dans la foule a fabriqué un « détecteur de cornes », il passe sa machine au dessus de la tête des hommes et des femmes et le fais sonner avec plus ou moins d’intensité selon les individus. Tout le monde rit.. Je fais quelques photos, pas de prises de son aujourd’hui, par prudence, j’ai laissé mon petit Olympus à la maison mais je fais quelques photos et quelques vidéos notamment d’une Maria Bonita (la femme de Lampião le Robin des Bois du Nordeste) avec une cartouchière chargée de préservatifs. Bon Carnaval!
Retour à la maison tranquille, nous mangeons un peu de feijoada et discutons tranquillement. Je discute avec Amaro sur l’état dont j’étais hier car il y a un truc qui m’échappe, Amaro m’explique qu’il a reçu un texto de Claudia qui était incohérent et il est venu nous chercher tout de suite. Je dormais sur la table, Jesus Carlos avait les yeux révulsés et Claudia parlait d’une manière incohérente. En fait, nous avons été drogués. Amaro est arrivé à temps et a géré la situation. Il y a une drogue ici qui s’appelle Boa Noite Cinderella, Bonne Nuit Cendrillon. Il y avait à la table de Jesus Carlos quand nous sommes arrivés une quatrième personne que Jesus ne connaissait pas. Il a du profiter que nous discutions pour mettre un peu de poudre dans nos verres afin de nous dévaliser. Cette technique est souvent utilisée ici pour violer les femmes. Woaw! Heureusement que Amaro a géré. Avertissement sans frais! Prudence maintenant, je m’en sors sans soucis ainsi que Claudia, Le pauvre Jésus n’a plus d’appareil photo ni de carte bancaire lui.
Pendant que nous parlons, un boucan se fait entendre dans la rue. Nous allons voir, il s’agit des gens pratiquant le Maracatu Rural qui rentre du centre ville. C’est impressionnant, un bruit de casserole ou de cloche de brebis basque produit par des gens vêtus de costumes super beaux.
Ce soir soirée télé, globo diffuse en direct tous les carnavals importants du Brésil, je suis en train de regarder celui de Rio. C’est impressionnant, ces costumes, ces chars et ces danses,… on sent l’enjeu économique là, La télé amène beaucoup d’argent. Mais je comprends quelques petites choses sur les mise en scène et les tableaux proposés par les concurrents car là, c’est une compétition. AU bout d’un moment, le faste des chars et des costumes m’ennuie, peut-être parce qu’il y a trop de pub en permanence. Je vais aller dormir.

Lundi 16 Février
Une bonne nuit, j’ai repris des forces, nous partons de bonne heure à Nazarè da Mata à l’intérieur de l’Etat pour découvrir le Maracatu Rural (prononcez Maracatou Roural).

Nazarè1

Le trajet va durer une heure. Nous quittons Recife et voyons un paysage de foret tropicale luxuriant qui très vite va laisser la place à d’immense exploitations de Canne à Sucre, c’est une des activités les plus importantes de la région depuis 400 ans. Cette exploitation va contribuer à la destruction de la forêt tropicale ici.
Nous arrivons à Nazarè Da Mata, tout de suite, nous voilà dans le bain car les participants à la fête se promènent dans les rues avec leurs beaux costumes plein de couleurs.

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Contrairement au Maracatu Urbain que j’ai vu ici, qui est très africain, très religieux et très connecté au Candomblè. Le Maracatu Rural est un syncrétisme venant d’abord des Indiens Indigènes avec le culte à Jurema. On danse sur des rythmes africains à une pulsation binaire très rapide, les thèmes joués à la trompette et chantés sont très simple et modaux, l’accord parfois approximatif mais j’aime bien ça.

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Les danses sont très indiennes. Il y a des pauses au milieu des morceaux et des chanteurs improvisent de la poésie sur tout ce qui passe par la tête du poête. Questions religieuses, sociales, sentimentales, agricoles, politiques,… Les costumes sont impressionnants de couleurs et il y a en permanence un son de cloche car le culte est associé à la profession d’éleveur. Kristof Hiriart a de la concurrence ici avec ses cloches basques. Un petit copié-collé de Wikipédia:

Les fêtes du Maracatu rural enfièvrent chaque année la zona da Mata, dans l’État du Pernambuco. Pour la population locale, les caboclos, ces réjouissances représentent l’occasion de nier leur misère sous des déguisements éphémères. Le Maracatu est une combinaison de musique rythmique avec les danses en costumes, les chants et le défilé lors du carnaval. Coiffés de perruques colorées et brandissant des lances enrubannées, les participants du Maracatu rural traversent en cortège les champs de canne a sucre, de plantation en plantation. Musiques et danses durent trois jours et trois nuits. Chacun dort où il peut, y compris à la belle étoile.

Le groupe parade, chacun étant habillé de costumes colorés traditionnels, et accompagne le roi et la reine du défilé, qui symbolisent initialement les descendants des rois et reines d’Afrique, puis les personnes sages et influentes de la société brésilienne. Chaque année, une élection permet de déterminer dans le bloco qui en sera le roi et la reine pour le défilé du carnaval.
Le défilé est précédé d’une escorte portant généralement des bannières et une ou plusieurs figures, comme le lion couronné pour Nação do Leão Coroado ou la poupée appelée calunga. Un accessoire également présent est le parasol, aux couleurs de la nação et accompagnant la bannière tout en protégeant le couple royal. Chaque membre de l’escorte a un rôle précis dans la parade, et défile selon des pas chorégraphiés.
Dans le maracatu rural, il y a également une figure d’un indien, vêtus d’un costume dont le dos est tapissé de cloches recouvertes d’une pelisse, avec des coiffes de plumes et tenant des lances ou des matraques.
De nos jours, le maracatu est un rituel qui disparaît de plus en plus des fêtes de carnaval, mais de nombreuses initiatives existent pour faire revivre cette tradition. On peut notamment assister à des défilés de maracatu à l’occasion des carnavals de Recife et d’Olinda.
Au rythme des percussions, les métis caboclos évoquent la terre ancestrale d’Afrique. Sous leur crinière de lion en fibres synthétiques et pointant leur lance comme jadis leurs ancêtres, guerriers déportés d’Angola ou du Niger, des danseurs se plaisent à impressionner le public. Autrefois, ils n’hésitaient pas à se battre contre des groupes rivaux, parfois même jusqu’à la mort.
La fête est impressionnante de couleurs, la ville est très jolie également. Nous allons y rester un petit moment. Le gouverneur de l’Etat de Pernanbuco est là, il était déjà présent samedi matin à l’ouverture du Galo. Il est très respecté par les organisateurs de cette fête populaire de pauvres, on se croirait au moyen âge ou le Seigneur vient saluer la populace, on lui fait des cadeaux, … les amis sont en colère, car le lascar ne fait pas grand chose pour les gens des milieux défavorisés.

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J’apprends une nouvelle expression « Baba Ovo » , en gros baver sur les raisins, je vous laisse deviner l’allégorie. Je me promène dans les rues de la ville et voit un panneau expliquant que la mauvaise qualité de l’eau provoque des épidémies de Dengue. Là encore, misère, mauvaise hygiène, répartition des richesses aberrante, sur la route de Nazarè Da Mata, j’ai pu voir des villas avec piscine, ici, nous en sommes bien loin.

Petit retour chez Amaro, le temps d’un petit Skype avec Nicolas Fily et ensuite, nous repartons vers le quartier Escuta Leviné pour un autre petit carnaval de quartier, les festivités n’ont pas encore démarré alors Amaro décide d’aller un peu plus loin, 300m, sur une autre place où il y a encore et encore des gens à faire le carnaval. Retour dans le bain du Frevo, Amaro là aussi connaît tout le monde. Il me dit que le carnaval est vraiment le lieu où les gens se rencontrent, l’occasion de retrouver des amis que l’on voit une fois l’an. Nous repartons vers Escuta Leviné, ça y est, ça démarre, l’orchestre et les danseurs ont de splendides costumes blancs. Moins de cuivres et de percussions là mais des violons, guitares, cavaquinhos, flûtes,… le cortège démarre sur des danses ayant trait, cette fois, à la samba, c’est la première fois que j’en vois à Recife.

escuta Leviné Escuta Léviné5 EscutaLeviné2

Après le défilé nous repassons rapidement à la maison, le temps de casser une croûte et nous repartons vers la vieille ville. nous allons plus précisément à Patio do Terço où se trouve l’église Rosarios do Prettos pour la « Noite dos Tambores Silencioses », la nuit des tambours silencieux. Nous retraversons les ruelles étroites, il y a du monde dans les rues, la fourmilière n’est jamais en pause.Nous arrivons enfin dans le patio, il est plein à craquer. Le Maracatu résonne encore et encore, quelle puissance! Il y a là plusieurs groupes, les robes des femmes sont amples et les danses tout en délicatesse là où les tambours sont frappés avec une force incroyable. Ce Maracatu est merveilleux, véritable outil de transe, les musiciens chantent, dansent, font voler les tambours par dessus les têtes tout cela dans un groove merveilleux avec des mises en place fantastique, un son terrible, les graves des Alafaïas sont impressionnants, sorte de tonnerre de fin du monde qui vient te frapper en plain ventre. Puis vient le silence, l’ambiance est très religieuse, le public se recueille, la Nuit des Tambours Silencieux est l’un des moments les plus émouvants du carnaval de Recife.

Tambores3
Comme me l’explique Naara, La Nuit des Tambours Silencieux est une cérémonie d’origine africaine qui réunit les nations de Maracatus, venant du tout l’Etat de Pernambuco, avec le but de louer la Vierge de Rosário, la Sainte Patronne des Noirs et révérer les Africains héréditaires qui ont souffert de l’esclavage dans le Brésil Colonial.
Les rites de révérence aux ancêtres sont une habitude que les esclaves ont apporté au Brésil, comme dans la cérémonie de Couronnement du Congo, où ils ont choisi leurs rois et reines, ils ont pleuré leurs morts et ils ont demandé à l’Orixás la protection.
Au Brésil, les Noirs privés de liberté ne pouvaient pas manifester leurs fois et traditions. Ils ont accompli les cortèges de lamentations alors secrètement dans le silence, l’origine plus tard du nom de la célébration : Nuit des Tambours Silencieux. Très émouvant pour moi.

Tambores2 Tambores

Mardi 17 Février
Travail ce matin chez Amaro, je mets un peu d’ordre dans les photos, les sons, les vidéos. Je travaille un peu la flûte. Amaro arrive vers midi, il allume la télévision et Globo diffuse toujours en direct le carnaval. Là nous sommes à Olinda avec Spock qui fait le défilé. Aujourd’hui, c’est la rencontre des marionnettes géantes et Spock mène le cortège. C’est fou, la vie est arrêtée ici, tout le monde est connecté 24h sur 24 sur le carnaval.
Nous avons rendez-vous avec l’attaché culturel de l’ambassade à Boa Viajem, qui est la grande plage de Recife. Nous traversons les rues désertes de Recife car tout le trafic est interrompu.

Boa Viajem Boa Viajem2
Nous arrivons au restaurant et retrouvons Emmanuel avec qui nous allons discuter à bâtons rompus de projets pour 2016, notamment la venue des Fifres de Garonne à Olinda. La discussion va durer 4h et est très sympa.
Ce soir, tranquille à la maison, c’est la dernière soirée du carnaval mais tout le monde est fatigué. Du coup, repos, demain marché de Boa Vista.
On regarde la télévision, toujours en direct sur le carnaval. On voit sur la grande scène de Marco Zero, la répétition où j’étais il y a 10 jours de l’orchestra Popular de Recife avec Maestro Formiga et tous les chanteurs! Sacré Amaro, il m’a envoyé dans les bons lieux!

Mercredi 18 Février
Trop fort, hier soir, temps de pause à discuter avec Amaro, à travailler sur l’ordinateur. Amaro me fait rire, il a mis sur Facebook tout le détail des cachets des artistes du carnaval de Recife, principalement des stars qui coûtent un demi-bras alors qu’on laisse ceux qui font l’intérêt de Recife (frevo, Maracatu,..) sans salaires. Il est fort le gars.
Ce matin, nous restons chez Amaro, la matinée est un peu tendue car nous n’avons toujours pas de nouvelles de l’Institut Français et nous ne savons si Didier Olivré le photographe et le tandem Françoise Degeorges et Pierre Willer vont pouvoir nous rejoindre. Nous échangeons beaucoup de mails avec Nicolas Fily de l’Autre Idée et faisons le tour de tous les contacts que nous avons en France et au Brésil pour débloquer la situation.
Donc matinée un peu tendue, nous cherchons des solutions.
Ensuite, Amaro me dit qu’il faut aller faire un tour au marché de Boa Vista où je suis déjà allé samedi pour l’after carnaval. Le carnaval s’est terminé hier soir mais les gens veulent redescendre tranquillement avant de reprendre les activités quotidiennes. Nous arrivons et il y a déjà plein de monde. Les gens chantent, dansent, mangent, boivent, discutent, retrouvailles avec les amis, les gens que l’on a pas vu depuis longtemps, je retrouve Jesus Carlos mon infortuné compagnon photographe de samedi.

Jesus Carlos
Il va bien, il a trouvé un autre appareil photo et essaie de sauver les meubles car il a perdu tout son travail de couverture du carnaval. L’ambiance est bonne, je reste impressionné par cet immense répertoire de chansons populaires que tout le monde connaît ici.

Boa Vista

Les refrains sont impressionnants, je suis dans un bain de sons. Toute une société est là, des jeunes, de vieux, des enfants, de toutes les couleurs, de toutes les origines, de toutes les morphologies.

Boa Vista2
Je reçois un texto de Nicolas Fily, ça y est, on connaît le montant de l’aide attribuée à l’Autre Idée pour la résidence, bon, ouf, on va pouvoir organiser la venue et l’accueil des amis dès demain.
Aujourd’hui, ce n’est plus possible, donc, nous allons rester à Boa Vista 6 heures, à discuter avec les amis. Nous retrouvons Arthur, le journaliste que j’ai rencontré samedi avec Claudia.

Boa VISTA4
Il m’explique que dans ce marché, il y avait un box destiné à la vente d’esclaves. On venait au marché, on pouvait acheter de la farine, du mais, …et des être humains.

Box1
Petit rappel de ce que peut -être la monstruosité de  l’humanité dans ce moment de partage généreux.

Boa Vista3

Boa Vista5 Boa Vista6 Boa Vista7 Boa Vista8 Boa Vista9 Boa Vista11 Boa Vista12 Boa Vista13 Boa Vista14 Boa Vista15 Boa Vista16 Boa Vista17
La musique continue, la pression remonte progressivement, les gens sont là heureux de chanter, danser, discuter,… A un moment, je vois arriver 4 gamins, ils vont frapper sur des bidons un maracatu super beau, ils sont passés faire la manche, je ne sais pas quel âge ils ont, peut-être 8 ans. C’est très fort.

Maracatu-enfants Maracatu-enfants2
La nuit arrivant, nous rentrons à la maison, petite pause dîner dans la rue du Central et dodo.
Une caractéristique que je peux observer ici est l’extrême sensibilité des Brésiliens. Ils sont tout en démonstration d’amour et d’amitié, entre eux, avec moi, …On se caresse beaucoup ici, on se touche en permanence, chaque rencontre est l’occasion d’une nouvelle accolade. ils sont très sensibles aussi à la moindre attention, c’est vraiment un autre monde par rapport à nos froides contrées du nord de l’Europe avec la chappe de plomb de l’héritage judéo-chrétien.
Le carnaval est un moment incroyable pour moi, la vie de tous et de tous les jours est rythmée par la carnaval. Institution commerciale, certes mais aussi fondement social des liens entre les uns et les autres. Voilà, c’est terminé pour cette folie de Récife, j’ai hâte de voir comment le quotidien va reprendre ses droits chez ce peuple exubérant.

Jeudi 19 Février
Aujourd’hui repos, le travail reprend tranquillement, le boulevard redevient sonore, le trafic routier a repris. Amaro et moi devons nous réunir avec Claudia et Raphaël de Pagina 21 mais nous attendons Valentine, l’amie de Aymara qui parle super bien français pour traduire car la réunion va être professionnelle et nous allons parler de choses précises, il nous faut un traducteur pour éviter toute mauvais interprétation. Je sens Amaro un peu tendu par l’arrivée de Didier, Françoise et Pierre. Il voit aussi que beaucoup de choses se mettent en place et il a peur d’être exclu de la suite de l’aventure. Mais aujourd’hui, tout le monde est claqué. Je vais faire des courses avec Amaro, c’est moi qui fait à manger ce soir.
La télévision est allumée et maintenant les bilans du carnaval commencent, nombre de spectateurs, litres de bière vendus, … J’assiste à un documentaire sur le recyclage des canettes de bière. Impressionnant, la quantité de bière bue durant le carnaval, les canettes sont ramassées dans les rues par les pauvres et envoyées dans un centre de tri. Il y a des montagne de canettes. C’est à vomir, tout ce délire polluant.
Ce soir, tranquille, tout le monde décompresse, je vais préparer le dîner pour les amis et au lit de bonne heure.

Vendredi 20
Panique aujourd’hui, avec la réponse tardive de l’Institut Français sur notre dossier, il nous faut adapter notre organisation au jour le jour et aujourd’hui, il faut trouver un hébergement pour les amis qui arrivent demain. Je vais courir avec Amaro d’un endroit à l’autre pendant que Nicolas Fily, Claudia, Naara fouillent sur des sites internet pour trouver quelque chose. Au détour d’une rue, Amaro me dit d’aller une petite galerie marchande demander à un ami s’il a des tuyaux. En fait, il est disquaire et vend des vinyls, personnage, il nous sort des archives de Pifanos incroyable, même Amaro est impressionné.
Disquaire3Disquaire2 Disquaire

Nous trouvons un hotel à proximité de chez Amaro qui devrait faire l’affaire pour les premiers jours. Ensuite, nous retrouvons Claudia et partons manger au marché de Encrusilhada. Superbe endroit, la cuisine ici est très locale, nous allons manger un plat à base de manioc (macaxeira), boeuf, riz, feijao tout en discutant tranquillement.
Encruzillada

Puis nous filons aux locaux de Pagina 21 pour une réunion avec Claudia, Valentine et Amaro. La réunion va dure 3 heures et est très dense. Il y a toujours la latence liée à la traduction mais Valentine maîtrise son affaire. Nous sommes au coeur des différences culturelles en termes d’échelle (petite Bretagne-énorme Pernanbucou), de production, …il faut être précis afin d’éviter un quelconque malentendu préjudiciable. Nous parlons sir l’accueil des 3 français qui arrivent demain. Les amis sont tendus car ils sont déçus que les amis ne voient pas ce qu’est le Carnaval. C’est vraiment la fierté, le carnaval est ce qu’ils considèrent comme la plus belle chose, exceptionnelle au monde et j’ai beau leur expliquer que notre regard consiste à être dans le micro, le petit, d’avoir un regard décalé, artistique et poétique sur les choses, je sens que je n’arrive pas à convaincre. Nous parlons ensuite des Fifres de Garonne, et de la possibilité pour les Fifres de venir à Olinda si il y a un échange cohérent avec la venue de 4 musiciens de Pernanbuco à St Pierre D’Aurillac. Amaro siat ce qu’il veut et ce qu’il peut faire, donc ses questions sont très précises, j’essaie d’y répondre au mieux en expliquant que les méthodes de travail en France ne sont pas forcément similaires. Là aussi, je sens qu’il faudra du temps pour comprendre ou pas.
Après la réunion, nous partons avec Claudia prendre l »apéro dans la rue, et partons manger du poisson dans le restaurant  de Dona Zumira à  Santa Amaro avec  Morro, le patron du Bar Mamulengo.
MorroMorro et Amaro sont très amis et on sent que la descente post-carnaval doit être partagée intimement entre potes. Nous sommes tous les 4 avec Monica dans restaurant  dans un quartier chaud de Recife, je vois Amaro aux aguets dès qu’une voiture ralenti en passant près de nous. Malgré cette tension sous jacente, les amis parlent, rient, se chambrent,.. quel contraste.
J’observe la rue, apparemment calme, quelques personnes passent de temps en temps, nonchalants, tranquilles,…comme si de rien n’était. De l’autre côté de la rue, je vois un homme jeter un sac d’ordure au pied d’un arbre où s’accumulent d’autres déchets éventrés par des chats errants.
Après le repas, succulent préparation de poisson nous retournons  dans la rue d’Amaro. Il y a plein de monde, les gens continuent la fête même si les amis me disent que maintenant beaucoup de personnes ici vont rester chez eux.
RueIls ont claqué tout leur argent dans le carnaval et maintenant il faudra serrer la ceinture.

Samedi 21 Février
Levé tranquille, aujourd’hui, nous préparons l’accueil de Françoise, Pierre et Didier. AMaro me montre des vidéos de son travail, notamment l’organisation de concerts de duo. C’est impressionnant.

Nous filons à l’aéroport accueillir les amis qui arrivent à l’heure. Bien fatigués par un bien long voyage. Nous faisons un petit tour par Boa Viajem, Amaro explique un petit peu l’histoire de Recife quand nous arrivons aux abords de Marco Zero. Françoise demande à Pierre de sortir le magnétophone et hop! Me voilà traducteur, je n’avais pas forcément prévu cela. Je crois que mes progrès en portugais vont être fulgurants. Amaro explique, l’histoire du quartier qui est le centre historique de Recife, là où la ville fût construite, au départ pour le commerce maritime. Ce qui nous voyons aujourd’hui comme lieux patrimoniaux, centres culturels, théâtres,… fût autrefois entrepôts, cabarets et autres bordels.
La ballade continue, Amaro nous explique de Recife et Olinda peuvent être considérées comme les premières villes historiques du Brésil, là où tout a commencé avec l’arrivée des Hollandais et des Portugais. Il nous détaille également comment la ville s’est développée, un urbanisme violent à la verticalité féroce construisant des bâtiments assez immonde tout au long du littoral mais également autour de la vieille ville. Françoise nous fait part de quelques souhaits qu’elle a de rencontrer des artistes ou des gens capables de parler de la culture du Nordeste et Amaro nous dit qu’il va faire tout ce qu’il peut pour parvenir à organiser des rendez-vous.
Nous laissons les amis à l’hôtel et partons immédiatement au restaurant monté par Nana Vasconcelos. Cet immense musicien a monté un restaurant avec des plats présentants des gastronomes qu’il a apprécié durant ses voyages à travers le monde.
Resto
Amaro craint que Nana ne soit parti en vacances après la création du carnaval pour se reposer, c’est souvent le cas. En fait, c’est super, il est à Recife, nous rencontrons son impresario qui nous donne son accord. Nous le rencontrerons la semaine prochaine, super coup de chance. Si j’avais tenté de le rencontrer avant le carnaval, je pense que cela aurait été difficile car, avec la création qu’il a réalisé pour l’ouverture, il était sûrement peu disponible.
Là dessus, nous enchaînons et Amaro me dit qu’il nous faut aller contacter Anselmo Alvès, érudit du Sertão, capable de parler avec Françoise de Luiz Gonzaga, chanteur symbolique, emblématique du Sertão du Nordeste. Amaro a perdu tous les contacts de son téléphone la semaine dernière, il faut donc aller chez lui. Comme tout le quartier a changé avec l’urbanisation hystérique de Recife, Amaro met un petit temps à retrouver la rue. Finalement, on y arrive. Anselmo est là et disponible aussi pour une interview. Tout va bien, ça va s’arranger.
Le personnage est impressionnant, très charismatique avec une voix dotée de graves bien profonds. Nous retrouvons les amis et retournons dans la rue Mameide Silmones pour un petit apéritif et un dîner à base de poulpe et de crevettes à la sauce coco.
DidierTout va bien, tout le monde est décontracté. On parle du programme de la semaine, Françoise fait une petite interview de Amaro dans la rue et nous allons dormir.
Je discute avec Amaro de la situation au Brésil, nous parlons de l’esclavage qui a laissé ici des séquelles inaltérables. Amaro me dit qu’au Brésil aujourd’hui, l’esclavage continue avec des Boliviens qui viennent travailler à São Paulo pour des ateliers de confections et qui travaillent dans des conditions désastreuses. Humanité, triste humanité.
Ce soir, nous continuons à travailler de notre côté, Amaro comme moi. Il est tout content, il a finalisé un programme pour Françoise, Pierre et Didier. Il tient vraiment à montrer un panel culturel de Pernanbouco cohérent à Françoise, il y est presque, je le sens soulagé et content. Ouf! cela fait du bien après tout le stress de cette fin de semaine.

Dimanche 22 Février
Réveil de bonne heure, nous allons aujourd’hui à Surubim. Amaro a loué un van qui passe nous prendre à 8h30 le matin. Nous allons ensuite chercher, les amis, Valentine, Claudia, et filons vers Surubim, il pleut abondamment. Nous cheminons tranquillement traversant un paysage de forêt tropicale se transformant progressivement en vastes plaines.

Surubim

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Au loin de majestueuses montagnes découpent le ciel gris. Nous arrivons vers 12h00 et partons déjeuner dans Capitu ( du nom d’un héros de la littérature brésilienne populaire écrit pas  Maxado De Assis) le propriétaire, Fernando est aussi peintre graveur, calligraphe.

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Nous allons bien manger, laisser Françoise faire une petite interview et ensuite en route vers le rassemblement.

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Il fait chaud, très chaud,.. Je vois là des Indiens, des groupes de Caboclinhos Surubim8 Surubim9 Frévo,

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Maracatu,..

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tout le monde se prépare. Une longue Toyota passe devant moi, Amaro m’explique qu’il y a un modèle de Toyota qui a été fabriqué en Pernanbuco, sans obéir aux règles de la maison mère mais en fonction de critères Nordestins. Du coup, les Japonais sont revenus ici récupérer les plans pour fabriquer les mêmes modèles au Japon. Ces voitures sont devenues des véhicules de transport collectif pour permettre aux gens du Sertão (la région où nous sommes) de se rendre dans les plus grandes agglomérations, notamment pour les fêtes. Il y en partout du coup, aujourd’hui.

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Un premier groupe de Caboclinho se met en place, suivi par un groupe avec des Pifanos. Avant le démarrage du cortège il y a des mini joutes sur le cortège, les musiciens viennent jouer les uns avec les autres. Puis le défilé démarre, très altéré par la présence tous les 10 mètres de gros systèmes sons, signalant des buvettes sauvages. Ces sons sont pourris, immondes, super forts et altère notre plaisir d’être là.

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Amaro est furieux, il parle de disrespect. Nous continuons quand même la déambulation, tentant de trouver des zones plus paisibles pour profiter du défilé. Pierre glane des sons, Didier mitraille de son appareil photo et Françoise observe attendant le moment opportun pour faire une interview.

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Elle arrivera à rencontrer quelques personnes et poser quelques questions. De mon côté, je continue à glaner sons et photos de ci de là.

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A la fin du défilé, nous repartons vers Recife, petite pause dans une gargotte tenue par une petite nana un peu allumée à la cachassa qui jette son dévolu sur Didier. Nous sommes bien fatigués au retour et Amaro nous propose un petit dîner dans un japonais avant d’aller dormir. demain, les aventures continuent.

Lundi 23 Février
Ce matin, je reste chez Amaro car j’ai du travail sur la flûte, je vais pouvoir bosser 3h avant de retrouver l’équipe au Marché de Boa Vista. Nous arrivons et, c’est drôle, il n’y personne. 3 boutiques sont ouvertes, on range le marché,…tout est calme. Rien à voir avec la folie des 2 fois où je suis venu ici. Nous déjeunons paisiblement dans ce calme et ensuite filons pour une rencontre avec Ademir Araujo dit « Maestro Formiga » que j’avais rencontré au début de mon séjour.

Formiga

Le rendez-vous se déroule dans son bureau où sont présents beaucoup de jeunes musiciens et musiciennes, pendant que Françoise fait l’interview je rencontre le responsable des droits d’auteurs de Formiga, nous parlons un peu des droits des musiciens ici. Jamais facile de faire respecter la législation dans ce pays au libéralisme sauvage. Je profite de ce temps pour entamer une discussion avec Amaro, nous essayons de dénouer un noeud de confusion qui s’est installé au fil de mon séjour, sur les histoires de projet, de projection, de partenariat. Amaro est impulsif mais il est intelligent, il a réfléchi, tout comme moi ces derniers jours sur la confusion qui s’est installée, liée au chaos de l’instruction du dossier par l’Institut Français, à la folie du carnaval, à la fatigue, aux contresens occasionnés par la non maîtrise du portugais et du français. La discussion est sereine et paisible. Je pense que nous allons réussir à dénouer le noeud mais il va falloir encore un peu de temps. Nous filons ensuite dans les bureaux Pagina 21 la structure de production d’Amaro et retrouvons Claudia et Raphaël, les collaborateurs d’Amaro. Françoise rallume les micros et s’installe pour une heure avec Pierre et Valentine de la bureau de Raphaël. Il présente Pagina 21, l’historique de la structure et son travail vidéo sur les repentistas, ces chanteurs/poètes populaires qui, à partir d’un mot, improvisent une chanson. Véritable virtuoses de la poésie, ces repentistas, comme me le fait remarquer Françoise ont influencé de nombreux artistes français, parmi lesquels les plus fameux sont sûrement les Fabulous Trobadores. Ambiance tranquille là aussi, Didier fait des portraits d’Amaro et nous discutons tous les deux de l’urbanisme de Recife, de la façon dont Didier a vu New York changer. Là aussi, on a chassé les pauvres des centres-villes pour les parquer en périphérie.
Puis c’est au tour d’Amaro d’être interrogé, et ensuite, nous partons dîner.

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Photo: DIdier Olivré

Sur le chemin, je demande à faire une pause chez Darcio, qui a son café « Caldarcio » sur la rue tout près d’ici. Véritable fourre tout, bazar, fait de bric brac divers, ce bar sauvage est d’une merveilleuse poésie. La patron extraordinaire, Didier se régale car le trombinoscope ici est riche. Pendant que nous prenons un petit apéritif, Didier mitraille patron et clients, Françoise fait une interview de Darcio et Pierre se joint à d’autres clients pour entamer une conversation qui se terminera en chanson.

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Photos: Didier Olivré

Tout va bien. Un petit tour dans la rue Mameide Silmones pour un dîner à base de crevettes dans une succulent sauce à la mangue me concernant. Les amis partent à l’hotel et je reste un peu avec Amaro pour discuter avec Alvaro Colaco, un producteur du sud du Brésil qui est ici pour organiser avec Amaro des concerts solos. La discussion est très intéressante, le Alvaro est très cultivé et passionné de musiques de tous horizons, médiévale, ancienne, jazz, contemporain, musiques indiennes, … Nous échangeons sur nos philosophies respectives et les avis convergent. Mon portugais s’améliore un peu quand même.

Mardi 24 Février
Aujourd’hui, je vais passer une grande partie de la journée chez Amaro. Au programme, un petit point sur les mails, une réunion Skype avec Nicolas Fily pour préparer la réunion de ce soir avec l’Alliance Française et flûte, flûte, .. J’ai 3 concerts à faire à São Paulo la semaine prochaine avec une équipe merveilleuse réunie par Vitor et je ne suis pas du tout au point. Donc, au travail. Pendant ce temps là, les amis vont aller rencontrer Nana Vasconcelos dans un parc (superbe), faire un saut à Olinda et revenir pour visiter un marché, véritable mine d’or en musiques Nordestines pour y faire des achats.

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Photo: Didier Olivré

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Photo: Didier Olivré

Amaro passe me prendre vers 16h30 pour une réunion à 17h30 et ensuite, tour le monde se retrouvera pour dîner. Durant l’après-mid, j’ai la visite de Tony Bragga, le dessinateur, il a vraiment envie que l’on fasse des choses ensemble, il est venu avec on ordinateur, une clé usb pour me monter des choses qu’il a déjà réalisé. Il travaille avec des crayons mais aussi sur palette graphique, je vois son travail se faire en direct, c’est, là aussi, extraordinairement rythmée, les courbes et les droites s’enchainent comme des triolets, des croches et des blanches, c’est vraiment très passionnant et très beau Il espère que nous arriverons à nous revoir l’an prochain pour parler de ça  Je lui dit que cette matière va déjà m’aider à travailler de retour à la maison. Alors, il me répond immédiatement que, si c’est comme ça, il va me préparer des vidéos où il dessine en pensant à ma musique et que j’aurai une matière originale sur laquelle fabriquer une musique originale, génial!

Amaro arrive et nous filons à l’Alliance Française. Il pleut abondemment et la réunion est difficile en termes d’écoute. Je suis aussi très remonté contre la façon dont l’Institut Français a reçu notre dossier et je le fais remarquer.
Ceci dit, la réunion est très positive et très constructive, nous parlons un peu artistique et très technique. Mais tout le monde sent que le désir est là.
nous retrouvons ensuite les amis et allons au restaurant de Nana Vasconcelos pour un dîner très occidental où nous goûterons du cabernet sauvignon Chilien avec une cuisine très européenne finalement. Françoise nous raconte son interview du matin avec Nana Vasconcelos, elle est lumineuse et éblouie de la rencontre de ce matin. Tout se passe bien jusqu’à présent. Soirée tranquille, nous ramenons les amis à l’hôtel, petit crochet pour retrouver Claudia, Alvaro Colaco et Tony Bragga  rue Mameide Silmones. Un petit pot entre amis et au lit. Demain, on se lève de bonne heure.

Mercredi 25 Février
Départ vers Caruaru, nous retrouvons notre fourgon et partons pour 2/3h de route à l’intérieur, une région dénommée Agreste du Sertão. Le route est toujours truffée de nids de poules et autres bosses mais le voyage est tranquille. Le paysage défile sous nos yeux, la foret disparait progressivement pour laisser la place à de vastes plaines et au bout d’un moment une végétation très disparate. Nous voilà en zone semi-aride, le paysage ressemble davantage au Burkina Faso qu’à un pays tropical. nous arrivons chez João Do Pife. Il nous attend dans son atelier et nous allons nous retrouver avec une grande joie. L’atelier est toujours aussi incroyable, il y a là des bambous, des flûtes, des tambours, …un tisonnier attend dans le feu pour percer les trous d’un futur pifano. Il y a beaucoup de photos de João, souvenirs de choses passées ici et là, des icônes religieuses en nombre également. João, comme beaucoup de gens de la classe populaire ici sont catholiques très pratiquants.  João fait son interview, il parle rapidement et est très très bavard, Valentine a du mal à suivre. Il nous explique comment il a appris à jouer et à fabriquer les pifanos par son père. Son cheminement dans la vie grâce au Pifano, il remercie Dieu toutes les 4 phrases. Il nous détaille aussi la fonction des Bandas de Pifanos qui jouent essentiellement pour le Carnaval, la Saint Jean et des Novenas, la Neuvaine est dans l’église catholique romaine, une dévotion privée ou publique de 9 jours destinée à obtenir des grâces déterminées (source Wiki).

Puis arrive un groupe d’enfants avec Marco qui était présent à St Pierre D’Aurillac, ils nous jouent 2 morceaux avec fifres, caisse claire, cymbales et autres tambours. Tout va bien. Didier nous sollicte pour une séance photo et je discute avec João qui me demande de saluer très chaleureusement Pierre, Marion, ..toute l’équipe des Fifres de Garonne, il en garde un souvenir émerveillé.

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Photos: Didier Olivré

Nous filons déjeuner à la churrasquaria. Les amis ne savant pas encore ce que c’est. Il vont en faire l’expérience. En fait, la churrasquaria est un restaurant basé sur la viande, principalement de boeuf. Il y a un buffet avec un choix de fruits, légumes, fromages, impressionnant et ensuite des serveurs passent à la table avec différentes parties de viande sur une broche qu’ils te proposent. Cela va être un défilé incroyable pendant près d’une heure. Françoise mange très peu de viande et ce défilé lui devient vite insupportable, mais elle ne dit rien. Le défilé continue, Pierre et Didier se régalent Françoise reste interdite jusqu’au moment ou passe un énorme plateau, toujours de viande et là Amaro nous dit qu’en bout de table il y a un petit signal qui est sur le vert et qu’il nous faut le mettre au rouge. Une fois fait, le défilé s’arrête soudainement et nous retrouvons un peu de tranquillité mais j’ai bien ri.
De là, nous allons faire un saut à Alto de Moura, petit village où a vécu Mestre Vitalino, un potier joueur de Pifano. J’y étais déjà passé en 2012 mais Amaro tenait à montrer le lieu aux amis. Puis, nous filons faire un tour au marché local faire quelques courses et retournons vers Recife. La route est toujours aussi accidentée mais je remarque un code de la route un peu curieux. En fait, nous sommes sur une 2×2 voies et notre chauffeur roule sur la file de gauche, de temps en temps , nous nous faisons doubler par la droite et de temps en temps, c’est nous qui doublons par la droite. Il s’avère que la file de droite, davantage utilisée est aussi la plus défoncée, donc, il est plus simple de rouler à gauche. Maintenant que j’ai compris cela, j’ai moins peur!
Nous arrivons de nuit à Recife, petit dîner tranquille dans un café de Santa Cruz, un petit saut chez Dalcio et dans la rue Mameide Silmones, histoire de retrouver les figures locales et au lit.

Jeudi 26 Février
Ce matin, bureau chez Amaro, je vais discuter un peu avec Nicolas Fily avant de retrouver les amis partis à Olinda rencontrer César Michiles et ses musiciens.

DSC_2927Cesar Michiles

Photos: Didier Olivré

Nous nous retrouvons pour aller déjeuner au Bar Mamulengo praça do Arsenal. Il y a beaucoup de monde, il faut dire que, là aussi, la cuisine est excellente. Nous retrouvons Tony Bragga avec qui je vais tenter une expérimentation ce soir musique-dessin.

DSC_2976Tony Braga

Photos: Didier Olivré

Françoise est emballée de sa matinée, elle a eu un véritable coup de coeur pour César Michiles, il faut dire que le bougre et rudement fort, tant sa musique que sa douce personnalité. Après le repas, en route vers la Caixa do Sertão pour un rendez-vous avec Anselmo Alvès, pour parler de la vie de Luis Gonzaga.

DSC_3040Anselmo Alvès

Photo: Didier Olivré

Anselme est un véritable érudit du Sertão, il connait tout et il a connu l’épouse de Luis Gonzaga, le chanteur incarnant internationalement le Nordeste. Il arrive à peine qu’il sort de 3 sacs plein à craquer des cd, des dvd, des livres, qu’il donne à Françoise, elle est désemparée, il y a au moins 5 kilos de documents uniquement sur Luis Gonzaga. Oula, quel personnage. Françoise préférant être tranquille pendant l’interview, je vais faire la visite du musée avec un guide anglophone. Le musée est impressionnant, il y a beaucoup de bornes inter-actives, c’est très ludique et j’apprends plein de choses sur le fleuve San Francisco, Lampião (le Robin des Bois de Pernanbuco, les rituels païens de la région, la cuisine, …

DSC_3036Caixa Do Sertão

Photo: Didier Olivré

Tout ceci est très bien pensé et réalisé et mon guide m’explique qu’une extension est en cours de fabrication.. Nous retrouvons le groupe, l’interview se termine, Anselme donne 4 cloches à Françoise expliquant que ce sont les cloches pour reconnaitre le bétail dispersé dans le Sertão, il y en a 4.
La petite pour les chèvres
La deuxième, un peu plus grande pour les Veaux
La troisième un peu plus grande pour les vaches laitières
La quatrième, plus grosse de toutes, pour les taureaux.
Anselme nous explique qu’un jour, il a croisé un éleveur qui avait perdu toutes ses bêtes à cause de la sécheresse fréquente sur cette terre terrible. L’éléveur n’avait plus que les cloches pour les animaux et les vendait pour 4 rs afin de survivre. Anselme en fût tellement bouleversé qu’il a donné tout ce qu’i avait au paysan pour ses cloches, soit 150Rs. Aujourd’hui, il nous dit qu’il faut que ces cloches repartent chanter sur une autre terre et les donne à Françoise, je suis au bord des larmes tellement cet homme est émouvant. Françoise aussi, elle m’en fait part et me dit également qu’elle en a reçu beaucoup trop pour elle aujourd’hui. Elle m’offre donc 2 cloches qui viendront sonner à Kerlavéo bientôt.
De là, nous nous dirigeons vers le Paço Do Frevo, avec un petit détour pour Françoise vers la Capela Dourada, une église catholique, unique au monde, tout en or. 17h00 rendez-vous avec Spoke

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Photo: DIdier Olivré

Pendant l’interview, je reste à la cafeteria avec André le coordinateur musique du Paço qui veut me rencontrer, il est allé sur internet voir mon travail et il a vraiment envie que je revienne pour une semaine de résidence avec les élèves musiciens du lieu l’an prochain. On en reparlera bientôt. L’interview se termine, tout le monde est très content de l’interview avec Spoke, disponible, humble, généreux,… Quel pays! Je vais pendant 30mn tenter une performance avec Tony Bragga au Bar do Mamulengo. Tony décide sur une palette graphique et son travail est diffusé sur le grand téléviseur du bar, pendant ce temps là, je joue et fais évoluer mon improvisation en fonction des dessins de mon homologue. Tony a un style très particulier, il lance sin trait et, ensuite, ne s’arrête plus. Il y a beaucoup de rythmes mais cela va très très vite. Donc, j’essaie de suivre!! Nous ferons 3 séquences amenant à 3 idées musicales très différentes et 3 dessins très différents. Tony est super content de l’expérience qu’il n’a jamais tenté. On va se revoir l’an prochain, promis. Puis la soirée continue avec un chanteur alternant chansons, poésie et repentes. Ce pays a une conscience et un respect de la poésie que je n’ai jamais vu ailleurs, je suis impressionné par le débit et l’écoute. Nous retrouvons ce soir Fatima et Roger, des amis de Nicolas Fily ainsi que Guillaume de l’Ambassade. Soirée très sympa, nous dînerons au Central, ce qui permettra à Didier de faire encore quelques images des gens du quartier.

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Photos: Didier Olivré

Vendredi 27 Février
Ce matin, Didier arrive chez Amaro pour le photographier en compagnie de son épouse, Monica. Ils vont au parc du 13 mai et je les rejoint pour quelques photos avec Amaro. De là, nous filons à l’hôtel pour attraper Françoise et Pierre et nous rendons dans un studio, pas bien loin pour rencontrer la fille de Lourival Batista et ses deux fils.

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Photo: DIdier Olivré

Ils vont nous parler des repentistas, de l’embolada et de tout ce qui concerne la poésie du Sertão. Ils commencent et, tout de suite, nous ressentons tous un énorme frisson. La poésie se déclame d’abord par le soliste auquel les autres répondant sans rythme affirmé puis, le pandeiro démarre tranquillement d’abord et ensuite à très haut tempo, les voix continuent leurs psalmodies et nous voilà entraînés dans un tourbillon rythmique, c’est cela l’Embolada. Cette façon de chanter de répondre en alternant de la poésie tout en étant sur un métrique très très précise. Je rappelle qu’en France, les Fabulous Trobadores ont été fortement influencés par cette esthétique.
Mais ce n’est pas qu’une esthétique, c’est un acte politique et spirituel pour les gens qui sont là. Ils nous expliquent à quel point cette poésie est forte pour eux. Ils sont d’une ligné e de poètes familiaux depuis plus de 100 ans. L’orgueil du Sertão, l’exigence artistique de la poésie, des vers et de la métrique,..cooient en même temps le fait qu’ils sont surs que ceux qui sont de vrais repentistas le sont par la volonté divine. L’interview se passe très bien, on nous parle des origines arabes de ce genre musical et poétique, de sa réalité aujourd’hui, de la place de la femme dans ce style,…

Bref, le temps va passer vite,, Pierre enregistre, Didier filme, Valentine traduit les questions posées alternativement par Françoise et moi et, à l’issue de l’interview, la traditionnelle séance photo maintenant.
De là, nous allons déjeuner à Boa Vista, il y a du monde aujourd’hui, le déjeuner est succulent, je sens que c’est mon avant dernier repas ici, je vais faire une pause sur la bière et les haricots à São Paulo. L’ambiance du marché est très sympa, un trio de musiciens nous envoie du Forro, tout va bien.

DSC_3319Forro Boa VistaDSC_3324Forro Boa Vista

 

Photos: DIdier Olivré
Nous séparons pour l’après midi, les amis vont rencontrer Lukas dos Prazeires tandis que je rentre travailler chez Amaro.

DSC_3393Lucas Dos Prazeres

Photo: Didier Olivré

Nous nous retrouvons en fin d’après-midi pour aller visiter les gens pratiquant le Maracatu de Porto Rico. Didier, Pierre et Françoise sont avec Amaro et je vais de mon côté avec Valentine. Tout se déroule dans un quartier pauvre, bien loin des buildings rutilants de Boa Viajem.

DSC_3462Porto Rico

Photo: Didier Olivré

Nous traversons des petites rues aux routes défoncées, observons l’habitat un peu anarchique aux normes d’hygiène que l’on devine bien relatives. Le quartier est pauvre, il y a au moins 5 églises dans la rue, catholique, protestant, nouvelle église évangélique,… la religion est vraiment l’opium du peuple ici. Nous  rencontrons le chef des percussions du Maracatu de Porto Rico. Il nous explique la connexion impérative de cet art avec le Candomblè. Le Candomblè est une religion pratiquée au Brésil, héritage direct des pratiques africaines. Ce que l’on pourrait appeler le Vaudou. Nous sommes ici dans un terreiro, un temple dédié à cette religion bien éloignée des pratique religieuses occidentales. On vénère ici les orixas, Xango, Jemanja, Ogum, Oxossi,…

DSC_3401Candomblè

Photo: Didier Olivré

La discussion est très solennelle, nous visitons un peu le lieu avant que quelques musiciens nous interprètent un extrait de ce qui peut être entendu ici. Ils sont 5, et ça sonne comme 15. La Yalorixa est présente, il s’agit d’une femme qui dirige cette pratique ici. On la sent imprégnée de cette culture, irradiant d’une énergie douce et forte en même temps. Pierre enregistre et Didier, filme et photographie mais je ne suis pas à l’aise dans cet endroit.

DSC_3439Maracatu Porto Rico DSC_3452Candomblè-Porto Rico

Photo: Didier Olivré

L’énergie du Candomblè ne me dérange pas, au contraire, elle aurait tendance à m’apaiser. C’est notre présence profane qui me dérange, je’i un peu l’impression d’être un voyeur ignare dans ce moment chargé d’histoire et d’une énergie qui nous dépasse. Nous quittons le quartier mais il n’y a plus de taxis dans le quartier à cette heure. Nous allons donc partir avec la voiture chargée à bloc, les 2 femmes sur la fauteuil passager et les hommes derrière. Amaro n’est pas rassuré car les flics sont souvent de sortie le vendredi soir mais nous finirons par trouver un taxi et diviser le groupe en 2 pour aller au restaurant. nous allons dîner dans un restaurant classieux, basé sur la cuisine des Andes. Amaro veut que l’on se quitte en mettant les petits plats dans les grands. Le dîner est succulent, nous en profitons pour effectuer un petit debriefing sur les jours passés. Tout le monde est très content, le moment est émouvant car nous savons que nous allons nous quitter demain. Les Brésiliens sont très sensibles et le mot saudades revient très souvent dans la discussion. Nous déposons les amis à l’hôtel et retournons boire un dernier verre dans la rue. Je retrouve Aldeni, il m’étreint fortement et le mot saudades revient plusieurs fois dans sa bouche. Oulala, allons dormir.

Samedi 28 Février
Levés à 6h00 du matin, nous partons de chez Amaro vers 7h00 pour récupérer les amis à l’hôtel. Je vais réussir à faire passer mes bagages, toujours en surpoids grâce à une gentille hôtesse d’accueil. Les amis partent une heure avant moi et je les retrouverai à São Paulo. Arrivés là, la météo n’est plus la même, le ciel est couvert et nous avons perdu quelques degrés. Ce sont les retrouvaillles avec Vitor. Je suis super ému de retrouver mon super copain. Nous retrouvons Pierre et Didier, Françoise est partie de son côté pour quelques jours, et rentrons vers le centre. La circulation est fluide ce soir, ce qui n’est pas si courant à São Paulo. Nous procédons à l’installation des amis tout près de chez Vitor. Nous allons faire quelques courses et retournons chez Vitor où je retrouve Camila et Madhu. Là aussi, nous sommes très très heureux de nous etrouver et l’étreinte est longue. Les amis découvrent mon ami et devisent politique en Amérique du Sud pendant que Vitor prépare la cuisine. Nous aurons une rapide visite de Françoise avec ses amies avant de dîner tranquillement et d’aller nous coucher. Tout le monde est fatigué.

Dimanche 1er Mars.
Aujourd’hui, c’est la fête pour l’anniversaire de Madhu, nous sommes dans les préparatifs, tout le monde donne un petit coup de main, je suis chargé de gonfler des petits ballons et de les installer sur les murs et faire un peu de décoration. Tranquillement arrivent les amis, je retrouve Sergio Kafejian « Beribe » et sa femme Julianna, le merveilleux flûtiste Toninho Carrasqueira et son épouse Marcia, Floflo la fille de Camila et son ami Gustavo (réalisateur que j’ai rencontré l’an dernier) ainsi que de multiples autres amis de Vitor et Camila et bien sûr les amis de Madhu. En milieu d’après-midi nous faisons un petit concert avec Toninho, Vitor et André Hosoi (que j’ai déjà entendu au sein du groupe Barbatuques) l’ambiance  est super douce, pas de conflits entre les enfants, tout est tendre et doux. Didier prend des photos, Pierre fait quelques sons et tout le monde s’en va vers 17h00.Et nous ferons un petit boeuf.

DSC_3711Musicos

DSC_3538Enfants DSC_3553Nuno

DSC_3592Enfatns

Photos: Didier Olivré

Nous avons une petite discussion le soir avec les amis, nous parlons des uns et des autres, des Indiens, il y a 60 groupes recensés qui, pour l’instant, n’ont jamais été en contact avec la civilisation occidentale. Quand cela arrive, il y a des maladies pour les indiens, Camila nous dit que les indiens ne souffrent pas des maladies qui peuvent être dangereuses pour les occidentaux, type malaria, fièvre jaune,.. Vitor nous raconte l’hécatombe provoquée simplement par un rhume qui a touché une tribu. Bref, paradoxes, encore et toujours.

Lundi 2 Mars
Ca matin, je répète avec Vitor, le temps pour Didier de transférer quelques images à l’Autre Idée via le net. L’énergie est douce et paisible ici. Je me pose après la folie de Recife, cela fait du bien. La semaine s’organise progressivement.
Cet après-midi nous répétons avec le sextet le temps que Françoise, Pïerre et Didier aillent à la Samba da Vela avec le violoniste Ricardo Herz.

DSC_4027JLT et amis

Photo: DIdier Olivré
La répétition a lieu dans le studio de Pedro Ito, le percussionniste. Tout le monde est là,

Vitor Lopes (Harmonica), Toninho Carrasqueira (flûtes)

DSC_4039Toninho Carrasqueira

Carlinhos Atunes (Guitare, Kora)

DSC_4179Carlinhos Antunes

Pedro Ito (percussions), Gabriel Levy (Accordéon, Piano)

DSC_4190Gabriel Levy

Photos: DIdier Olivré

L’ambiance est décontractée et nous allons mettre un peu de temps à nous installer, nous commençons par un premier morceau, une composition à moi que j’avais fait l’an dernier. Tout le monde a préparé les morceaux et ça sonne d’entrée. après, il faut organiser et structurer un peu. Les morceaux vont s’enchaîner et au fil de la répétition, le son du groupe va s’affirmer, se préciser. Tout cela dans une très bonne ambiance. Nous arrêtons vers 23h00 et filons retrouver les amis. ils sont enchantés de leur soirée, ils ont vu de très belles choses et entendu de très beaux chants. Françoise fait quelques interviews et Didier me dit qu’il a filmé et photographié allègrement la soirée.

DSC_4067Samba Da Vela

Photo: Didier Olivré

J’ai la joie de retrouver l’ami To Brandileone, un chanteur-guitariste brillant qui fait de la chanson ici, ce que l’on appelle la MPB, la musique populaire Brésilienne. Il nous convie à son concert dimanche soir, nous verrons si c’est encore possible d’y aller après la Roda de Choro chez Vitor.
Nous rentrons à la maison, sur le chemin, Vitor nous explique la puissance du mouvement anthroposophie ici. Il y a beaucoup, beaucoup d’écoles Steiner ici et la philosophie du personnage est vraiment bien implantée dans les villes comme São Paulo. La conversation entre Vitor et Françoise est très intéressante.

Mardi 3 Mars
Ce matin Françoise va travailler avec Vitor, je fais partie de l’entretien, nous discutons avec Vitor des racines du choro, de son intérêt pour la Bretagne et de divers courants musicaux du Brésil. Vitor est habité par le choro et il en parle avec érudition et passion. Nous allons converser pendant 2h. Puis arrive Emilianno Castro, le guitariste qui joue en duo avec Vitor.

DSC_4149Vitor Lopes:Emilianno Castro

Photo: Didier Olivré

Ils nous présentent leur duos et jouent quelques morceaux avant que l’entretien ne bifurque plus précisément autour de la guitare au Brésil. Emiliano est également passionnant, il nous explique les racines espagnoles de la guitare, la viola Caipira (guitare à 10 cordes), la guitare 7 cordes, Vila Lobos, Baden Powell, nous voilà prêts à rencontrer les intervenants de demain qui sont les enseignants de guitare de l’USP (Université de São Paulo).
Nous prenons ensuite le déjeuner avec tout le monde, et au café les troupes se dispersent, Françoise va dormir chez une amie ce soir, Pierre va travailler, et nous restons à discuter avec Camila et Didier du Candomblè, des orixas pendant que Vitor s’occupe de Madhu. A 16h30, nous repartons pour la deuxième répétition du sextet.

DSC_4040Gabriel Levy

Photo: Didier Olivré
C’est drôle, en Bretagne, j’ai été plusieurs fois sollicité pour créer des formations à mon nom et j’ai toujours décliné l’invitation, pensant que c’était trop tôt. Là, Vitor a tout organisé, la composition de l’ensemble de ces merveilleux musiciens, la gestion du répertoire, l’organisation des répétitions, les 3 concerts à venir,… Merci Vitor mon ami.
La répétition se passera vite et bien. L’écoute est là, le métier aussi. L’ensemble du répertoire est un peu vert mais tout le monde a envie de jouer, de partager, d’écouter, d’être surpris par l’autre. Les 13 morceaux défilent, demain c’est le grand jour. Le premier concert. Tout le monde est très excité. C’est drôle.
Nous filons ensuite faire quelques courses et petit casse-croute chez Vitor avec Didier, petite discussion tranquille et dodo.

Mercredi 4 Mars
Ce matin , nous nous levons tôt pour partir vers l’USP. Toninho vient nous chercher et nous conduit sur cet énorme campus. Usp (prononcez Ouspi), est la plus grande université d’Amérique du Sud, on y enseigne tout. Biologie, mathématiques, sciences lettres, arts. Toninho est un guide merveilleux, tout en douceur et en tranquillité. Nous arrivons dans le département musique, au milieu d’arbres merveilleux et nous avons droit à 2 morceaux, un Baião (rythme de danse du Nordeste, associé au Forro) et un arrangement pour flûtes d’une pièce de Vila Lobos.

DSC_4265Classe de Flute de Toninho-USP

Photo: Didier Olivré

Les élèves jouent super bien, la présentation de Vila Lobos de Toninho est émouvante, en gros, Toninho nous explique les inspirations du compositeur, les oiseaux, l’Amazonie, les arbres, les rivières,… concluant que les musiciens sont tous frères, mais pas seulement avec les musiciens, les humains, mais également avec les fleuves, les rivières, les arbres, les pierres,.. nous voilà tous frères d’une même mère, la Pachamama, la terre, à qui nous devons  la vie et notre développement,, à ne pas oublier. l’exposé de Toninho est tellement limpide et évident que nous sommes tous émus, j’en ai les larmes au yeux. Les élèves jouent, je leur pose quelques questions à l’issue de leur présentation et nous filons rencontrer Yvan Vinela.

DSC_4334_1Yvan Vilela

Photo: Didier Olivré

Un érudit de la Viola Caipira, la guitare rurale. Il est en cours avec une dizaine d’élèves et leur fait écouter des vieux enregistrements de musique brésilienne avec des constructions très complexes. Mesures composées sur 2, 5, 8, 3 temps, tout le monde écoute et se laisse surprendre pas les choix du professeur. De là, nous filons dans le couloir faire une petite interview, Yvan nous parle de la Viola Caipira et nous dit qu’il a des tonnes de musiques à partager. rendez-vous est pris, il y aura un échange de disque dur avant le départ des amis et nous récupérerons des sons auprès de lui. Pause café et Ricardo Herz nous rejoint.Ricardo est un phénomène, il doit être monté sur ressorts, il est très sympa et parle beaucoup. C’est l’unique viloloniste au Brésil à jouer du Choro, il fera un interview avec Françoise et passera une partie de la journée avec nous. Devant l’accueil du département musique de l’USP nous rejoint Carlos Malta.

DSC_4445Jean-Luc:Carlos

Photo: Didier Olivré

C’est toujours une grande joie de retrouver Carlos, il est très positif, amène beaucoup de lumière, de classe et d’humilité en même temps. Il nous parle de sa vie, de Pife Muderno, d’Hermeto Pascoal, de sa vision de la vie. Je pose les questions, Carlos répond, Toninho traduit, le flûtistan est là, respect, amour et humour.

DSC_4411Carlos Malta

Photo: Didier Olivré

Tout va bien. Quelle belle énergie aujourd’hui entre nous.
Carlos a fait le déplacement exprès pour nous rencontrer, il repart juste après car il est attendu en studio à Rio de Janeiro pour faire des prises pour le prochain album de Lénine.
Nous rentrons chez Vitor pour une petite pause et, à 17h30, Toninho vient nous prendre moi, Pierre et Didier pour aller à la balance. Vitor nous rejoindra plus tard, le petit Madhu est souffrant et Vitor souhaite rester auprès de son fils.
Nous traversons les rues de São Paulo, les buildings sont plus grands les uns des autres. Toninho nous explique, durant les attentes liées aux encombrements du trafic routier, sa vie, Toninho est fils, petit fils, arrière petit fils d’une catégorie assez curieuse de musiciens-cheminots. Il est né au milieu de cette corporation, mais le pays a changé et, aujourd’hui, le réseau ferroviaire brésilien correspond à 10% de ce qu’il était en 1960. Entre les dictatures en Amériques du sud et les « bonnes » préconisations de l’école de Chicago avec ses Milton Friedman et autres fossoyeurs de la planète terre, tout cette infrastructure a été dépecée, point par point. L’école de Chicago et ses très bonnes relations avec les monstres Pinochet, Tatcher,.. ont semé un cancer sur cette planète détruisant syndicats, utopies écologistes et sociales pour un monde meilleur, raisonnable fait de respect et de partage. Le cancer individualiste, consumériste et productiviste a trouvé un terreau fertile en Amérique du Sud et au Brésil, détruisant planète et humanité tranquillement avec l’assentiment de médias et de politiques contrôlés par les plus puissants pour leur seuls intérêts personnel.
Nous arrivons à la Casa de Francisca, lieu du concert de ce soir.Dès l’accueil, nous croisons un Toulousain qui travaille ici depuis 5 ans, il nous montre le lieu. C’est une toute petite salle dédiée aux musiques et arts indépendants, ça tombe bien. Le lieu est très beau et il y a ici des personnalités, Didier va se régaler.

DSC_4507Casa Da Francisca

DSC_4519Casa Da Francisca

Photo: Didier Olivré

Carlinhos est déjà là, il nous attend, la balance va bien se passer, tranquillement. Un bon petit poisson au dîner,  c’est une préparation de poisson cru mariné dans le citron, un délice. L’ambiance est bonne,

DSC_4562Toninho Carrasqueira:Jean-Luc.

Photo: Didier Olivré

la famille nous rejoint, outre les musiciens, Camila est là, Gustavo son gendre et Patricia son associée. Françoise nous rejoint, elle est livide. Elle s’est retrouvée prise dans une fusillade dans son taxi sur la route qui mène ici. Un homme était pourchassé par d’autres personnes dans la rue. La fenêtre du taxi dans lequel elle se trouvait était ouverte alors l’individu s’est accroché à la fenêtre pendant que le taxi filait à fond de train pour échapper aux balles. Françoise s’est couchée dans le taxi et quand le taxi s’est arrêté, quelques centaines de mètres plus loin, ses 2 pneus arrières étaient crevés par les balles.
Elle commence à réaliser ce qui s’est passé en arrivant à la Casa de Francisca et est un peu secouée.
La vie reprend son cours, on se prépare au concert, je démarre seul par une déambulation dans le public avec ma flûte démontée. Je le remonte sur scène et improvise entre reels et morceaux de Edmilson du Nordeste.
Puis arrive Toninho et Pedro pour une composition en trio et enfin les 3 autres pour un chorro de Pixinguiha. Le concert va se dérouler très rapidement entre compositions des uns et des autres, allers-retours entre Bretagne et Brésil. Le son est là, Je suis très ému, tout comme Vitor à côté de moi sur scène.  Ma flûte et celle de Toninho se marient avec douceur, respect et complicité. L’écoute est là, réelle, sincère, ensuite la liberté de chacun fait le reste et le répertoire évolue dans la soirée au fil des improvisations et échanges des uns et des autres. Nous finirons par une standing ovation. Le public est ravi, les musiciens aussi, on parle déjà d’enregistrer avant mon départ.

DSC_4643JLT et Amis

Photo: Didier Olivré
Je vais discuter un peu avec les uns et les autres puis, retour à la maison. demain Vitor part loin pour jouer avec « Chorando As Pitangas », il ne veut pas se coucher tard. Nous discutons tous les deux de ce vieux rêve qui revient après la période Terra Musical, nous avons joué ensemble de ci de là mais là, l’orchestre est plus consistant, le projet plus profond et il tient à coeur à Vitor avec une puissance qui me touche beaucoup. Nous allons dormir chargé de cette belle énergie collective.

Jeudi 5 Mars
Très très bien dormi, cela faisait longtemps, que je n’avais pas eu une nuit comme cela. Je retrouve les amis. Tout le monde est au travail, Didier fait de l’édition de photos, Françoise et Pierre commencent le montage des futures émissions « Couleurs du Monde ». Camila ne travaille pas aujourd’hui, elle reste avec Madhu convalescent et Vitor part pour le concert avec son groupe. La journée sera tendre et douce, je réponds à des vieux mails, range un peu mon ordinateur qui me fait un peu peur. Depuis Recife, il chauffe beaucoup et plante régulièrement. j’ai réparé ce que je pouvais mais j’ai un problème sur le disque et je pense qu’il va me falloir trouver un professionnel rapidement car j’en ai besoin pour mes concerts à mon retour. La journée avance tranquillement, je discute avec Camila, nous n’avons pas eu beaucoup le temps de discuter depuis notre arrivée et nos échanges me manquent. Elle me parle de leur projet de déménager à Pirenopolis près de Brasilia pour quitter l’enfer urbain de São Paulo pour retrouver une vie plus simple dans cette petite ville, en pleine nature dans un endroit où il y a beaucoup d’eau, préoccupation majeure de Camila et Vitor aujourd’hui pour l’avenir de Madhu sur cette planète qui va si mal.
Nous allons travailler tranquillement chacun de notre côté, les rendez-vous se prennent pour la fin du séjour, il me reste 2 concerts, une masterclasse et 2 enregistrements à faire. Je ne chômerai pas quand les amis rentreront en France. Françoise propose que nous allions manger dans un japonais qu’elle a découvert dans le quartier où réside son amie. Nous nous retrouvons à 20h00 au Sushi Papaia, Plaça Vilaboim pour une soirée tranquille à quatre. Nous faisons un petit bilan de cette ballade et tout le monde est très content de la matière recueillie. Je suis inquiet pour Pierre car il est très fatigué, il fait une allergie depuis ce matin mais cela fait quelques jours que sa fatigue est apparente. Il prend sur lui, reste toujours aussi gentil mais j’espère qu’il va tenir jusqu’à la fin du séjour. Le dîner est succulent, carpaccio de poisson cru,préparés dans une marinade de citron et de gingembre et ceviche, recte de poisson péruvienne délicieuse. L’ambiance est décontractée, il reste encore beaucoup de travail pour Françoise et Pierre pour préparer leur première émission qui sera diffusée sur France Musique dès leur retour. Du coup, nous allons peut-être annuler des rendez-vous demain. Françoise nous invite, elle est très contente de notre périple et veut nous inviter, soit!
Retour à la maison tranquille et belle discussion avec Didier qui se confie un peu ce soir, il est très touchant de sensibilité. Puis, au lit, demain les rendez-vous reprennent.

Vendredi 6 Mars
Les nuis se suivent et ne se ressemblent pas, j’ai très mal dormi. J’ai pris un café après le dîner, pensant que j’irai me coucher en rentrant mais nous sommes restés parler avec Didier, de retour à la maison. La discussion était riche et profonde mais quand je suis parti me coucher, pas moyen de trouver le sommeil. Là dessus, j’ai été attaqué par les moustiques. A 5h du matin, j’ai décidé d’aller dormir dans le hamac de la salle de séjour. Toninho arrive nous prendre à 9h00 et nous allons rencontrer Paulo Dias, responsable du lieu intitulé Cachuera.

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Le lieu est très sympa, c’est un lieu d’archive et de mises à disposition des multiples collectes de Paulo. Le maître des lieux a résidé 4 ans en France et parle un français impeccable. Françoise et Pierre sont restés travailler à la maison, ils doivent mixer la première émission qui sera diffusée mercredi et ils ont encore besoin de travailler. Ce ser adonc moi qui fera l’interview. Pas très compliqué, une question et Paulo démarre, il est passionnant, habité par son travail, brillant,.. il nous explique les musiques du Sudeste du Brésil. La Congada, autre mélange entre Europe et Afrique, il nous explique les mouvements d’esclaves au 19ème siècle, créant des courants religieux nouveaux et des musiques nouvelles. Là aussi, le rythme est roi et la percussion occupe une place de choix. Puis, il nous parle des Batuques, (forme poétique à base de chants et percussions) du Jongo (un rythme ternaire unique au Brésil et très présent ici sous diverses formes, sorte de Maracatu du Sudeste) de la samba, d’un groupe de femmes autorisé à utiliser les percussions (chose rare ici). Paulo est passionnant, habité par sa culture, sa passion, son travail. Après la petite séance photo rituelle, Paulo nous montre les instruments qu’il a recueilli, nous précisant bien que ce n’est pas un musée ici, les instruments sont utilisés régulièrement. Il nous montre des percussions fabriquées dans les troncs d’arbres, des shakers faits à base d’enjoliveurs de voiture, il y en a toute les tailles. Paulo nous explique que dans la musique africaine le soliste joue l’instrument grave, dans la musique européenne, le soliste joue d’un instrument aigu.

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Là est la très grande différence culturelle entre Afrique et Europe. Nous allons déjeuner ensemble et la discussion se poursuit à bâtons rompus. De là, nous filons à la Faculté des Arts de Santa Marcelina où nous avons rendez-vous avec Sergio Kafejian « Beribe », il est compositeur en musique contemporaine et était venu en Bretagne en 2007 à l’occasion des 3 jours de concerts de musique Brésilienne au Carré Magique avec le groupe Armazem Abaporu. Mais, nous avons eu une confusion de planning et quand nous arrivons Sergio est parti, il nous attendu 40mn et avait du travail. Quel dommage! Bon, nous prenons un taxi avec Didier et rentrons à la maison. Je vais m’occuper de mon ordinateur qui m’inquiète et faire une sieste car la journée n’est pas terminée. Toninho nous retrouve à 19h30 et nous partons au Studio de Silvinho pour une roda de Choro.

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Je suis venu ici avec Vitor en 2009, le lieu est très beau. Au rez de chaussée, un studio d’enregistrement et des studios de répétition et à l’étage, sur une terrasse ouverte, la roda. Les musiciens jouent tranquille, nous sommes en présence de la mémoire du Choro de São Paulo.
Israël Isaïas, Toninho, Dona Inah, super musique accordéon jeune Bandolim, soirée super sympa, Françoise aux Anges,

Samedi 7 Mars
Aujourd’hui nous partons en ballade avec Danilo, le frère de Vitor. Il est historien et est un vrai érudit de l’histoire de São Paulo.

Sao Paulo3

Nous dans le centre ville et il nous montre les églises de San Francisco, l’église des bénédictins, le couvent des carmélites et les nouvelles églises évangélistes qui s’implantent avec une puissance incroyable au Brésil Danilo, nous refait l’histoire de cette ville qui comptait 500000 habitants au début du 20ème siècle pour voir sa population atteindre 7 millions d’habitants aujourd’hui. D’où le chaos de cet urbanisme précipité.

Sao Paulo2

Le centre compte des bâtiments attestant de l’influence de l’architecture européenne, puis l’arrivée des immenses grattes ciels américains. Là encore, nous apprenons par Danilo que la dictature brésilienne était soutenue pas les USA et la CIA. En échange de quelques contrats commerciaux, le brésil a du s’américaniser et les grattes ciels sont apparus, la culture, l’éducation, l’hôpital, ..ont été laissés à ‘abandon et l’influence de la France a commencé à baisser.

Sao Paulo

Ce soutien au x dictatures sud américaines a fait de la casse dans le système social, transformant le pays en vaste jungle où la loi du plus fort est l’unique valeur. Danilo nous donne des  informations sur la dictature, l’influence de l’école de Chicago, Nous flânons, nous sommes entourés d’énergies antagonistes et contrastées. Entre le gigantisme de la cathédrale de São Paulo, les buildings et les miséreux dormant dans la rue. nous côtoyons les extrêmes. Nous allons ensuite à  Benedito Calixto,, le petit marché où j’aime beaucoup me rendre à chaque fois.que je viens ici. Il pleut énormément et nous allons vite être trempés. Françoise nous attend et nous allons déjeuner dans une cantine proposant de la cuisine de Bahia. Ensuite, nous allons faire un petit tour du marché fait de mélange d’artisanat et de vieille brocante. Les amis font quelques emplettes et nous revenons rapidement chez Vitor et ensuite partons vers le lieu du concert. Je suis fatigué, la petite nuit d’avant hier se fait encore sentir en terme de carences de sommeil et je vais m’effondrer dans le hamac en attendant que nous partions vers le lieu du concert de ce soir. L’espaço 91 est un très beau lieu, très intime et très raffiné. Carlinhos, Pedro et Toninho sont déjà là. Nous faisons une rapide balance et nous nous disons que la sono n’est pas vraiment nécessaire tant l’acoustique du lieu est bonne. Nous ferons un bout de répétition avant le début du concert. En attendant dans la loge, je me rends compte que l’ambiance est très bonne au sein de ce sextet. Tous ces merveilleux musiciens sont adorables et nous allons faire un boeuf dans la loge en attendant le démarrage. La salle est pleine, mélange d’habitués en majorité et de nouveaux venus. On sent que le public fait confiance aux organisateurs. Je démarre solo comme à la Casa de Francisca mais j’ai décidé que mon voyage improvisé passerait par l’Irlande, la Serbie avant de s’achever au Brésil. Au milieu du solo, l’électricité lâche! Plus de son, plus d’éclairage! Qu’à cela ne tienne, je continue mon improvisation dans le noir en acoustique. ça sonne vraiment super et, à l’issue du solo, le public répond par un franc et sincère applaudissement. Tout va bien! J’invite Toninho et Pedro et ensuite, Carlinhos, Gabriel et Vitor. Nous ferons tout le concert en acoustique, éclairés par des bougies. C’est un succès, standing ovation, 2 rappels, les gens sont émus, DIdier, Pierre et Françoise nous font part de leur émotion lié à cette improbable musique arquée par l’amour et le respect que nous avons les uns pour les autres, Françoise me dit que cette aventure doit absolument continuer, tout le monde a l’air d’y croire, je suis ému. Nous sortons de la salle pour rentrer à la maison et là, je me rends compte que tout le quartier est dans le noir. Vitor me dit que cela peut durer plusieurs heures avant que le courant ne revienne. Incroyable dans cet moderne mégapole.

Dimanche 8 Mars
Aujourd’hui, c’est la Roda De Choro! Fête organisée par Vitor dans sa maison avec le gratin du choro Paulista. Nous donnons un coup de main à préparer la maison et Julio Cesar arrive pour une interview.

Julio Cesar Julio Cesar2

C’est un percussionniste aussi fabuleux que gentil.

et

Je l’ai rencontré en 2012, il est le fils d’un grand nom de la samba ici et connait tout l’instrumentarium percussif de ce genre musical. Il est né au sein de l’école Vai Vai et a du commencer à jouer à l’âge de 3 ans. Il nous parle de son père, de la samba, du rythme Jongo, des Kilombos, … Quand nous avons besoin d’un exemple concret, il nous joue les rythme à l’aide d’un couteau de cuisine et d’une vieille casserole quand ce n’est pas un « Karaoké » avec une chanson de son père diffusé par son téléphone, posé dans la casserole pour amplifier le son qu’il accompagne sur une bassine. Trop, trop fort ce Julio.
Un rapide déjeuner et Milton Mori nous rejoint pour nous parler de sa carrière de joueur de Bandolim.

Si Vitor joue le choro, c’est grâce à lui, Vitor l’admire, aujourd’hui, la roda est en son honneur, il a eu 50 ans cette semaine et Vitor voulait lui faire une fête. Après l’interview, les gens arrivent progressivement, je retrouve Alessandro Penezzi, le virtuose de la guitare,

je vois arriver des musiciens que je connais de réputation (Danilo Brito,..). Je pense que le niveau va être élevé aujourd’hui. La musique démarre, tranquillement, au fur et à mesure de l’après-midi, les musiciens vont arriver et grossir cette Roda de Choro (ronde de choro). Les morceaux s’enchaînent et à un moment, la virtuosité des interprètes va croissante et atteint un niveau qui impressionne tout le monde. Pierre enregistre tout, tandis que Didier, qui a monté un studio photo dans la rue convie les gens au fur et à mesure à venir poser pour des portraits. Françoise se régale. Dona Inah est là.

Le groupe Chorando as Pitangas au complet, ça joue, ça joue.

Je savoure le bonheur d’être là!

Roda

D’entendre cette belle musique si peu médiatisée et si puissante, si raffinée. Celà va durer jusqu’à 20h00. Les convives se retirent et nous nous retrouvons tranquillement entre nous. fatigués mais heureux. L’heure des premiers bilans et perspectives, les amis s’en vont demain. Tout s’est très très bien passé pour tout le monde. Me voilà soulagé.

Lundi 9 Mars
Ce matin, nous sommes dans les préparatifs du départ des amis, Françoise, Pierre et Didier repartent vers Paris. Une dernière interview de Toninho pendant que Didier fait un dernier portrait de Vitor. J’avais préparé un curry hier, finalement nous le mangerons ce midi. Tout le monde est très ému, ce fût une quinzaine riche et active, maintenant, je vais me poser un peu. Première émission Couleurs du Monde sur France Musique mercredi prochain.

http://www.francemusique.fr/emission/couleurs-du-monde

Quand les amis partent vers l’aéroport , je vais de mon côté avec Toninho Carrasqueira pour animer une master classe de flûte à L’USP.

DSC_4315Annonce Masterclasse:USP

Nous arrivons à 13h30, l’installation technique est un peu laborieuse mais nous arrivons à brancher mon ordinateur sur le système son et le vidéo-projecteur de l’auditorium.  Je commence par un solo et ensuite, je présente la flûte en bois, mon parcours avec quelques vidéos de Youtube pour présenter Serendou et quelques autres aventures.
L’audience est attentive et Toninho guide la rencontre, traduit mes paroles. Finalement, cela va durer 3 heures. Toninho est très content car ma vision empirique de la musique vient contrebalancer un peu l’enseignement académique de la musique basée sur l’excellence et la performance au détriment, malheureusement, de l’épanouissement personnel du musicien.
Je rentre chez Vitor qui joue avec Madhu. Je reprends mon journal que j’avais un peu négligé ces derniers temps et, je sens la fatigue de la décompression qui arrive. Camila est montée avec Madhu, Vitor improvise au piano, l’énergie de la maison de Butanta redevient tendre et doux. Je vais un peu ralentir cette semaine.

Mardi 10 Mars
Très bien dormi, je récupère des heures de sommeil qui me manquaient. Ce matin, on reprend un rythme de croisière, Vitor travaille son harmonica et je suis devant mon ordinateur. Au programme, organiser Rio la semaine prochaine, faire le point avec Nicolas Fily sur la fin de la résidence, discuter avec Amaro pour 2016, préparer Babel Med qui arrive fin mars à Marseille, il nous faut parler du prochain disque de Serendou, même loin de la Bretagne, il faut préparer les chantiers à venir. Cette journée y sera consacrée.
Je travaille quand même la flûte, il me reste un morceau à apprendre pour faire tout le concert du sextet. En 20 mn avec Vitor c’est fait. Bon, on avance. Le déjeuner est très étrange, j’ai été habitué à être avec beaucoup de monde depuis 2 semaines, là, nous voilà tous les 3. La discussion est douce et profonde, nous échangeons sur la vie et nos valeurs. Nous sommes toujours connectés malgré nos réalités si différentes.
Je vois avec Vitor comment réparer mon ordinateur qui m’inquiète un peu et je vais avoir des concerts à faire à mon retour avec lui, j’ai donc besoin d’être rassuré.
L’après-midi est consacré au travail, je fais le point sur les mails, je vais aller voir le travail en dessin de Camila. Elle prépare un livre où elle écrit des Haïkus et fait les illustrations en aquarelles. C’est un très beau travail, poétique, sensible et sérieux. La détermination de Camila m’impressionne toujours. Quand elle fait quelque chose, elle s’y donne sans compromis, la voilà astrologue, photographe, poète, illustratrice, maman, compagne, amie.. Dans chaque endroit, elle est parfaitement juste. Sorte de radicalité juste et d’une incroyable force. Nous discutons beaucoup, et j’en apprends beaucoup sur la vie, moi même et les autres à son contact. Quelle belle personne!
Je retourne à ma flûte, aujourd’hui est une journée très calme et j’ai vraiment envie de retrouver l’instrument que j’ai un peu négligé ces derniers jours.
Au final, journée active mais tranquille, petit dîner entre amis à base de soupe de mandioquinha, de fromage et de vin. simple et efficace. le vin chilien « Emiliana » de Syrah est très bon. Soirée à l’image du dîner, tout en simplicité et en douceur. Nous discutons tranquillement avec Vitor, le temps que Camila couche Madhu. Ils vont quitter São Paulo avant un an. Pour aller vivre en milieu plus rural. La vie en ville, dans cette mégapole les fait étouffer. Ils veulent plus de calme, de sérénité pour élever Madhu.  Puis, vient le temps où nous nous connectons à internet pour avoir quelques nouvelles du monde. Là, la sérénité disparait. Les églises évangélistes ici, organisent depuis peu, leur propre milice. On vient de trouver des armes dans un temple. Vitor me dit, ça va chauffer bientôt ici! La violence contre l’actuelle présidente ici est incroyable. Vitor m’explique les problèmes liés à la corruption mais la réponse des médias et de la droite brésilienne est terrible. Il y a une manifestation ici dimanche, les appels à la révolution résonnent dans tous les médias appartenant aux riches hommes d’affaires brésiliens. Les politiques de droite y vont aussi de leur couplet, « je ne veux pas d’empeachment pour Dilma, je veux qu’elle soit blessée et hospitalisée ».
Sympa!

Mercredi 11 Mars
Ce matin, je travaille avec Vitor, j’ai besoin de faire un point sur les morceaux du sextet que j’ai reçu trop tardivement et que je n’ai pas eu le temps de préparer pour les concerts. Samedi, je veux tout jouer. Donc, nous travaillons tranquillement sur un morceau de Carlinhos Antunes et revisons un peu le répertoire. Puis un peu de mails et, après le déjeuner, nous filons vers un réparateur d’ordinateur pour déposer mon ordinateur qui montre des signes de fatigue un peu inquiétants. Nous le déposons au magasin et filons vers L’Officina de Musica, l’école de musique de Madhu où il prend des cours d’éveil musical depuis cette année. l’école de musique est superbe, il y a plein d’enfants, des percussions, des guitares, des flûtes, partout.

Ecole de Musique Ecole de Musique2

Il y a aussi des marionnettes et aussi des mini Bumba Meu Boi, pratique très populaire ici, déclinée à l’échelle de ces petits. Teca, la directrice est présente, elle est très contente de ma présence, elle a assistée à ma masterclasse à l’Usp lundi et a été enchantée de ma présentation de la musique.Je vais jouer un peu pour les enfants, les faire danser la gavotte et l’hanter dro et jouer un morceau avec Vitor. Les enfants s’amusent avec moi et Vitor, c’est très drôle. Teca est super contente et j’hérite d’un livre disque de contines pour enfants éditée par l’école pour rentrer en Bretagne.
Je vais boire un petit café avec Vitor, le temps que Madhu prenne sa leçon et, nous filons ensuite chercher Camila à son travail pour aller dîner à Vila Madalena dans une cantine bio très sympa.

cantine

Par hasard, nous rencontrons Inae Countinho, la photographe voisine de Vitor que nous souhaitions présenter à Didier. Elle est dans le secteur en ce moment et nous invite à la fête qu’elle organise samedi. Donc, après le dernier concert du sextet, je ne me coucherai pas de bonne heure.
Retour chez Vitor pour un petit rendez-vous Skype avec Amaro et la soirée se termine dans la jardin de Vitor pour une belle discussion entre amis.

Jeudi 12 Mars
Aujourd’hui, rebelote, je profite du calme pour travailler la flûte et revoir les morceaux du sextet. La première émission de Françoise a été diffusée.

http://www.francemusique.fr/emission/couleurs-du-monde/2014-2015/l-aventure-artistique-et-culturelle-au-bresil-03-11-2015-22-30

C’est drôle de revenir à Recife via cette émission, tout cela semble déjà si loin et si proche.
J’ai du mal à reconnaitre ma voix, l’émission est très intéressante, je suis curieux de voir comment avec toute la matière reçue là bas, Françoise et Pierre ont réussi à sélectionner des instants plutôt que d’autres pour, au final, présenter un panorama poétique et cohérent.
Je discute avec Nicolas Fily sur Skype avant le déjeuner et il faut déjà commencer à penser à l’an prochain. Après le déjeuner, je continue à travailler la flûte, un petit échange Skype avec L’Armor et retour sur la flûte jusqu’au retour de Vitor, parti chercher Camila au travail.
Nous allons retravailler un peu, révision de morceau et je propose une Gwerz d’Ifig Troadeg sur une arpège en 5 temps à Vitor pour jouer samedi en cloture de concert. Tout cela est si curieux que Vitor est séduit. Bingo, on le retravaille un peu demain pour le proposer aux amis samedi.
Vito a ramené mon ordinateur du doqueuteur, le disque dur est abimé, je n’ai pas envie de le changer ici mais la facture risque d’être sévère à mon retour. Je ne peux pas prendre le risque que l’ordinateur plante durant les concerts avec Michel Godard et Serendou prévus en Avril.
Petite soupe de potimarrons tranquille et au lit.

Vendredi 13 Mars
Au travail de nouveau avec Vitor ce matin, nous révisons les morceaux et Vitor m’enregistre un Frevo et 2 choros de Pixinguinha, de quoi étoffer mon répertoire.
Il passe chercher Madhu à l’école et l’après-midi sera consacré à la musique et à la préparation de ma rentrée. Je repars quasi immédiatement à Marseille au Babel Med et je commence à aller voir qui sera sur place. Vitor passe quelques coups de fil pour organiser l’enregistrement que nous allons faire dimanche. Il en profite pour passer quelques coups de fils pour inviter des professionnels à votre concert de demain soir. Jamais simple… j’adore comment Vitor parle de l’aventure (Super Bacana, légal, ..) je ne saurais jamais parler comme cela de quelque chose que je fais. C’est très drôle. On verra demain qui viendra au concert. Vitor a également appelé la copine Roberta pour qu’elle vienne filmer une partie du concert. Nous filons vers 18h00 voir Jaïra, la fille de Toninho, qui sort de l’hôpital après une opération de l’appendicite mercredi dernier. Elle est rentrée à la maison et elle a beaucoup de visites. L’occasion de retrouver mon ami et de continuer ces échanges doux et profonds sur la vie et la musique. Nous rentrons chez Vitor, entamons une discussion sur la manifestation d’aujourd’hui. En plein centre de São Paulo s’est tenue une grande manifestation contre la procédure d’empeachment entamée à l’encontre de Dilma Roussef l’actuelle présidente du pays. Il y a eu un vaste de scandale de corruption entre le parti de celle ci et Petrobras, la multinationale du pétrole Brésilien. Il y a une grande manifestation dimanche pour la renverser du pouvoir orchestrée par la droite et très bien relayée par tous les médias appartenant au gros business brésilien (soit 100% des médias). Le climat est très tendu, il y a une violence dans l’air incroyable, les propos des hommes politiques sont des propos de guerre, hallucinant. São Paulo est la capitale économique du pays et tout l’argent et le pouvoir qu’il permet sont concentrés ici et au sud du Brésil. Le parti de Dilma est encore très soutenu au Nordeste car elle a effectué des pas vers l’éducation, des textes sociaux qui ont bénéficié au Nordeste plus pauvre. Ici, c’est une autre chanson, la droite dure, l’extrême droite sont partout, dans les médias, au gouvernement de l’état de São Paulo avec des propositions de lois liberticides, la pénalisation des délinquants mineurs,… et bien sûr toujours moins pour l’éducation, la prévention,… Il y a même des milices qui se montent maintenant, soutenues et financées par les nouvelles églises évangélistes. Bref, le climat est un peu morose et conforte Vitor dans son envie de partir de São Paulo bientôt.

Samedi 14 Mars
Ce matin, travaux manuels, Vitor prépare un curieux objet en papier journal pour la fête de l’école de Madhu. Il s’agit d’un hamburger géant avec des yeux et des roues. Je vais lui donner un petit coup de main à avancer dessus tout en discutant entre amis. Vers 13h00 nous partons à la feijoada de Dona Inah. Elle a un partenariat avec le propriétaire de 3 restaurants et chante tous les samedis dons un restaurant différent proposant une feijoada, sorte de cassoulet brésilien à base de Feijoã (haricots noirs) et diverses viandes.

Feijoada Feijoada2 Feijoada3

Le lieu est très drôle, les sets de table, les dessous de bière, les t-shirts du personnel sont à l’effigie de la chanteuse.

Dona Inah

nous arrivons et la musique a déjà commencé, sont présents sur scène Miltinho (Bandolim) son fils (pandeiro), Mario Genio (guitare 7 cordes) la chanteuse Elaini. Justa à côté sont présents Dona Inah et son mari Marco Bailam son époux. C’est très kitch, il y a des écrans partout diffusant du foot en permanence, les gens sont là pour manger et prêtent peu d’attention à la musique, dommage, il y a de très belles choses. Au bout d’un moment Dona Inah se lève et va chanter avec Miltinho, son fils et Marco à la guitare. On sent la fatigue chez cette vieille femme. Elle incarne vraiment le choro, on sent que son répertoire est immense, Vitor m’a fait part qu’elle avait des soucis de mémoire, quoi qu’il en soit, aujourd’hui, tout va bien et elle va chanter 1h avec ses 3 musiciens. Puis Mario Genio propose que je vienne jouer avec lui et Vitor. Ok, incroyable guitariste, j’entends des harmonies très personnelles et très riche, un tempo d’enfer et une écoute permanente. Nous allons bien nous amuser,… une fois mon répertoire de choro épuisé, nous allons jouer des Baiãos et même Garotto d’Ipanema que je n’avais jamais joué, Mario est incroyable, enthousiaste, généreux et un peu fou je crois. Bref, je m’amuse bien. Petit saut rapide à la maison avant de repartir vers le Jazz B, lieu du concert de ce soir.

studio

Nous passons prendre Toninho et devisons tranquillement dans les embouteillages monstres de São Paulo. Nous arrivons sur place et Carlinhos, Pedro et Gabriel sont déjà là. Le personnel se rappelle de moi, c’est drôle, j’étais venu jouer ici, il y a un an et demi avec Carlos Malta. Bonne ambiance, on s’installe. Le son est un peu difficile, il va falloir faire un compromis sans retour pour tout le monde. Il y a quand même un piano à queue et Gabriel s’amuse dessus, c’est très beau.
Ensuite, tout va passer très vite, un petit repas frugal (des petits cubes de manioc au fromage,MMMM!!!). La salle sera pleine ce soir avec beaucoup d’amis venus pour cet ultime concert, Roberta Valente (qui joue du pandeiro dans chorando as Pitangas), Alexandre Ribeiro, Ricardo Herz, Danilo (le frère de Vitor) et son épouse, les gens de l’espace 91, des élèves de Camila,… bref une salle très positive.

Sextet JazzB

Le concert se passera très bien malgré une écoute difficile, le public adhère à la proposition et au terme des 2 sets, nous avons le droit à une standing ovation. Tout le monde est très content de ce qui s’est passé ce soir et lors des 3 concerts. Très bien, demain nous enregistrons en studio et partons remplis de cette belle énergie positive d’ici.

Dimanche 15 Mars
Ce matin, réveil de bonne heure avec le très sonore Madhu, nous prenons le petit déjeuner ensemble et j’en profite pour passer une commande savon auprès de Camila. Elle a une amie qui fabrique depuis quelques années des savons à base de plantes et d’huiles essentielles, j’en ramène systématiquement de mes séjours ici. Puis nous entamons une discussion sur l’organisation de la semaine à venir, le temps va passer très vite et je dois commencer à penser aux ultimes choses à faire avant de partir, passer un petit temps avec Camila, une soirée avec Danilo et son épouse, Gustavo le gendre de Camila qui est réalisateur audio-visuel souhaite aussi que l’on se voit, tout cela va être très serré maintenant. Je me rends compte que le bronzage de recoiffe est un souvenir maintenant, la grisaille de São Paulo me fait redevenir plus blanc chaque jour. Hier, nous avons filmé le concert à Jazz B et je commence à exporter les fichiers pour les laisser à Vitor avant mon départ. Petit déjeuner et jolie discussion en attends Toninho, puis Vitor décide de reprendre le chantier pour la fête de l’école de Madhu, l’art moderne intègre l’oeuvre.

Pinhada
Calima la soeur de Camila arrive avec son petit pour un après-midi de jeu entre enfants. Elle a eu du mal à venir avec la manifestation anti Dilma. São Paulo est bloquée, il y a beaucoup de monde aujourd’hui dans les rues de toutes les grandes villes du Brésil. Des gens qui en appellent à l’armée, le climat est très très tendu dans le pays aujourd’hui.
Toninho arrive et nous partons au studio, le lieu est superbe, il y a tout ce qu’il faut ici, nous allons pouvoir travailler dans de bonnes conditions.

studio

La journée va passer très vite, nous allons enregistrer 6 morceaux. L’ambiance est bonne, ce sont vraiment de superbes musiciens à qui j’ai affaire. Le jeu est précis et raffiné, l’écoute permanente, tout cela dans la douceur et l’humour.

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Chacun à sa place, Toninho, tout en douceur, en profondeur et en classe, Carlinhos, bouillant, pétillant, drôle, Gabriel, concentration, érudition, écoute permanente, Pedro, sobre, discret mais quelle présence!

Pedro

Vitor, chef d’équipe plein d’énergie au son merveilleux et à la musicalité incroyable. 7h de studios sans pause, à 23h00, nous sommes épuisés et affamés. Nous allons dîner dans une padaria de Vila Madalena, les amis reconnaissent un clarinettiste, percussionniste très connu ici. Il nous rejoint à table, en fait il joue avec Antonio Nobrega depuis 30 ans, Toninho admire ce personnage très doux, Toninho me dit c’est un musicien total, il joue toutes les percussions de Pernanbouco, du saxophone avec un sotaque (accent) brésilien, de la clarinette et, en plus, ….il est bon au foot!! Le Brésil restera le Brésil.
Nous rentrons à une heure du matin, épuisé mais content, Vitor est très heureux de cette session de travail, des concerts, de l’enregistrement et de l’implication de chacun dans le sextet. Je pense que nous allons bien dormir.

Lundi 16 Mars
Effectivement, ce fût une bonne nuit, ce matin retour au calme et au travail tranquillement. Camila et Vitor s’attèlent à terminer la création en papier pour la fête de l’école de Madhu demain. Ils m’expliquent que c’est un hamburger « pourri ». Ok, je comprends mieux maintenant. Je travaille un peu de mon côté le temps que Camila et Vitor passent à l’école, au retour, Vitor est tout excité, Carlinhos l’a appelé, il veut que nous retournions en studio avant mon départ pour enregistre les morceaux que nous n’avons pas enregistré hier pour finaliser un disque. Il est archi enthousiaste et il a réussi à convaincre le pourtant très prudent Vitor. Donc, c’est l’agitation dans la maison. Il faut contacter tous les musiciens, vérifier les disponibilités du studio,… Vitor va passer une partie de l’après-midi au téléphone pendant que j’entame une longue discussion avec Camila. Il revient à un moment pour nous dire qu’il ne peut pas être avec nous en fin d’après-midi car un concert est tombé et il doit aller jouer avec son groupe. C’est ça aussi le Brésil, il faut s’adapter en permanence, être disponible pour le travail qui tombe. Je regarde les actualités du Brésil sur les manifestation d’hier et c’est vraiment très très tendu. Il y avait 2 millions de personnes dans les rues du Brésil hier pour demander l’emplacement pour Dilma. Les panneaux sont très très violents, les vidéos aussi, on appelle à l’armée pour un coup d’Etat, on urine sur les drapeaux du Parti des Travailleurs au pouvoir. Tout cela nous inquiète beaucoup.

Mardi 17 Mars
Ce matin, levés tôt pour aller à la fête pour Madhu qui se déroule dans son école.

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Nous arrivons bien tôt et je refais le tour de l’école. J’y étais venu l’an dernier et c’est toujours un plaisir de revenir dans cet endroit où la créativité des enfants est très valorisée.

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Terezita, qui a créé cette école, a dépassé les 80 ans depuis un moment et est toujours présente et active. On voit que le corps est fatigué mais la lumière dans le regard est toujours vive. Quel personnage. Elle a monté cette école il y a 40 ans, selon les préceptes de Françoise Dolto. Vitor me raconte sa vie. Elle est l’ainée d’une famille de 15 enfants. Elle avait 18 ans quand ses 2 parents sont morts brutalement, elle s’est donc retrouvée à la tête de cette famille nombreuse. Elle a ensuite enseigné à des adultes, puis des jeunes, puis adolescents, puis des petits et à chaque fois, elle a constaté des dégâts sur lesquels elle ne pouvait pas agir car il était trop tard. Elle a donc décidé de consacrer sa vie aux tous petits estimant que c’est entre 0 et 7 ans que tout se joue. Je déambule dans l’école, le jardin, les instruments de musiques, la décoration, le poulailler,… et tous ces petits qui courent partout. Instant très poétique.
Puis nous jouons un peu avec Vitor, avant que  tout le monde n’aille assister au rituel de Madhu, il doit briser la Pinada construit ce week-end,

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C’est comme cela que s’appelle le hamburger pourri. Dedans il y a plein de masques que Camila a réalisé dimanche avec sa soeur. Distribution à tous les enfants de masques. Puis, gâteaux-popcorns. et arrive Gian Cardoma, chanteur , percussionniste, il travaille ici yods les mardis et vient faire chanter et danser les enfants sur des airs Traditionnels du Maregnão.

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J’assiste à une superbe Capueira avec les tous petits, c’est très beau.
Puis rituel officiel pour Madhu, il devient grand aujourd’hui avec ses 6 ans. La directrice et l’institutrice en chef le convoquent et lui offre un sac à son nom dont il sera responsable à partir d’aujourd’hui. Les parents sont justes les témoins de la scène solennelle car l’équipe enseignante ne s’adresse qu’à l’enfant. C’est très beau.
Nous filons déjeuner et Vitor me dépose à l’aéroport de Congonhas. je pars à Rio cet après-midi. Le vol se passe bien, j’arrive à Santos Dumont-Rio de Janeiro à l’heure et Carlos m’attend. On arrive chez lui et on repars car ce soir il y a un concert à 2 pas de chez lui. Nous quittons le grand boulevard de Laranjeiras pour nous engager dans des méandres de ruelles où il faut grimper. Carlos, tout en sourire, me dit que nous allons au Montmartre Carioca. Au bout d’une centaine de marches, nous arrivons sur un petite place où il y a un bar  « Cardosão ». Quelques clients sont en terrasse et à l’intérieur joue un quintet, guitare, batterie, claviers, basse, trompette, ça joue terrible. Me voilà dans une autre ambiance, après le choro, je plonge dans le jazz brésilien, le son qu quintet est impressionnant, rythmiquement c’est terrible.

Rio

Les lignes de basses s’entrelacent avec un jeu de batterie coloré aux breaks incroyables. Les improvisations des musiciens, brillantes, je suis très impressionné. Bien sûr, tout le monde connait Carlos et il me présente à beaucoup de musiciens présents ce soir. Le lieu est très beau. Petit café – snack à la déco un peu vieillotte, il dégage cette douceur brésilienne que j’apprécie toujours. L’ambiance est très décontractée, il y a là des gens venus boire un verre, d’autres pour la musique, vraiment captés par l’univers radical et joyeux du quintet.
Très vite, nous allons être invités à jouer avec l’orchestre, je n’ai pas de microphone et le volume est très fort. je démarre mon improvisation et immédiatement le volume du quintet diminue pour un mixage quasi acoustique de ma flûte dans cet ensemble, puis Carlos me rejoint et le trompettiste du groupe. ça groove oulala! Carlos, tout en sourire me dit « Welcome to Rio ».
Nous allons jouer 2 heures, avec un autre saxophoniste venu nous rejoindre. Il y aura 3 batteurs à se succéder avec nous et 2 claviers. Tous aussi incroyables les uns que les autres. Le public est maintenant intégralement avec nous. ça chauffe!!
A la fin de ce passage, tout le monde vient me voir, intrigué par cet instrument peu usuel ici et à fortiori dans le jazz moderne. Je rencontre Andréa, la comparse de Carlos au sein de Pife Muderno.

Carlos-Andrea

Elle est là en compagnie de 2 professeurs des écoles. Je discute un peu avec elles et elle m’annoncent qu’elles connaissent très bien l’école de Madhu, Te Arte. Que c’est une des grandes références du brésil pour l’éducation alternative des enfants et qu’elles vont travailler pour lancer des programmes similaires au Nordeste et à Rio. Le monde est petit. Ici aussi, on parle politique. Carlos suggère que Dilma devrait imposer à tous les élus ici d’écrire une rédaction de 10 lignes sur  » que pensez-vous faire pour le Brésil? » cela ferait déjà un tri sévère dans l’actuelle population des élus.
Très très bonne soirée de retrouvailles. Demain studio.

Mercredi 18 Mars
Très très bonne nuit! Ce matin, petit déjeuner café et galette de manioc (tapioca). Nous allons discuter tranquillement et chercher une piste de travail pour un autre morceau à paraître sur l’album de Serendou. Mon ordinateur est rempli d’archives de répétitions du trio depuis 4 ans. Il y a donc pas mal de matière. Nous allons écouter quelques extraits et Carlos au piano a immédiatement des nouvelles idées. Cet après-midi risque de passer trop vite. Très bon déjeuner à base de poisson, riz, feijão et une marinade d’aubergines et de carottes succulentes.
Nous arrivons au studio, le lieu est très très sympa. le responsable un homme assez âgé est très tranquille. Le lieu est parfait pour notre affaire. Un petit studio très intime. On cale le métronome et Carlos démarre une première prise, c’est drôle cet exercice, nous allons essayer d’imaginer le son du morceau avec la flûte de Yacouba, ma flûte et la calebasse de Barry que nous enregistrerons fin mai début juin.

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Bernardo Aguiar nous rejoint, c’est un jeune musicien incroyable que j’ai rencontré en 2013 avec Carlos. Il est impressionnant d’écoute de réactivité et de timbres sur son pandeiro. Il n’est pas long à faire sonner et groover l’affaire.

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Superbe. Nous avons une bonne première architecture de ce morceau. cargos en veut un autre, je fouille dans mes archives de répétition de Serendou et je trouve un exercice que nous avions fait avec Yacouba pour flûte Sib et Kamélé n’gouni.
Donc, on y va, Carlos propose une introduction avec le Japurutu, grande flûte harmonique des Indiens d’Amazonie. Le click se lance et nous voilà partis pour une tourneriez hypnotique qui va durer presque 10 mn. 10 mn de musiques répétitives pour Japurutu, flûte traversière en si bémol et pandeiro. Je joue mes parties très droit, pas de variantes, pas de modulations. Bernardo frappe, cisèle le rythme, appuie les temps et les contretemps, fait tourner la pulsation, Carlos groove, et improvise sur les 2 machines que sont devenues Bernardo et moi même. La transe se met en place, nous habités tous les trois par quelque chose quo nous dépasse et qui tourne, et qui tourne!! Sorte de Mantra envoyé par nos flûtes à nos amis à Niamey, nous continuons à faire tourner la machine, c’est très jubilatoire. A la fin, nous nous regardons tous les trois hébergés! Qu’avons nous fait? Personne en le sait mais nous nous sentons bien ici à ce moment présent.
Voilà, fin de chantier, on s’occupe d’exporter les morceaux pour les retravailler fin mai avec Serendou et Jacques-Yves Lafontaine. Ensuite, dîner chez Serafim, le meilleur Capa do Filè de Rio de Janeiro. Petite discussion tranquille et retour chez Carlos pour une fin de soirée très calme. Nous échangeons sur le football, la corruption, lampião. Carlos me parle d’un nouveau film à voir qui s’appelle  « A Lunetta du tempo »

Jeudi 19 Mars
Encore bien dormí, Carlos est parti donner un cours, je vais aller me balader dans Laranjeiras et à son retour, on se boit un petit café. Nous discutons de sa venue à St Pierre D’Aurillac. Carlos a vraiment envie de se rendre en bord de Garonne, Ils essaient ici d’avoir des aides pour le financement des voyages du groupe « Pife Muderno » mais les réponses ne tomberont qu’en Avril. Carlos me dit que, de toute façon, il viendra, la fête lui tient vraiment à coeur. Il veut revoir Pierre, Paullette, Marion, Geneviève et tous les amis là bas. Je dois partir, Carlos m’accompagne à l’aéroport, un dernier café, un dernier abraço et je m’en vais. Toujours difficile de laisser derrière soi autant de bonne énergie, de douceur, d’humour et de talent.
Vivement la prochaine.
Le trajet sera long, impossible d’atterrir à São Paulo à cause d’un tempête. J’avais oublié la météo de São Paulo tellement il faisait beau à Rio. Donc, j’arrive en retard. Vitor m’attend, nous allons boire un café, Vitor me dit qu’il est inutile de quitter l’aéroport, la ville est à l’envers avec la tempêtes, des quartiers sont inondés, il y a des bouchons partout, les secours essaient de se rendre sur les lieux où il y a eu des accidents. Bref, le chaos. Et la pluie, la pluie qui tombe toujours. Vitor m’explique les noms de lieux en Tupi Guarani (Les Indiens qui ont tout « Toponommé » le Brésil avant l’arrivée des colons), à São Paulo tout est lié à l’eau, lacs, rivières, poissons, marais,… et en 2015 dans ce pays Tropical, où il pleut tous les jours, avec d’immenses lacs et rivières tout autour, on rationne l’eau chez les plus pauvres!!
Il y a de la spéculation sur l’eau, les infrastructures sont obsolètes, les énormes cours d’eau qui traversent São Paulo sont hyper pollués. Bref, l’avenir n’est pas vraiment rose ici.
Nous arrivons au bout de 2h30 à la maison, nous avons mis 20mn dans l’autre sens mardi. Camila a couché Madhu, Danilo va nous rejoindre et je commence la série des derniers/dernières.
Dernière soirée avec Danilo,… Bref, la soirée sera douce et profonde comme à chaque fois.

Vendredi 20 Mars
Préparatifs du départ, nous allons chercher Madhu à l’école, petit tour de marché avec un petit poisson. J’achète le poisson, il sera à ma charge de cuisiner ce soir.  Pendant l’après-midi, Vitor est avec Madhu et j’en profite pour commencer à regarder le documentaire sur les Pifanos de Carlos. C’est absolument merveilleux. Carlos est parti avec une équipe de cinéma dans la région de Xingu, puis  et avant de terminer à Caruaru dans l’atelier de João Do Pife. C’est absolument merveilleux, j’espère que nous aurons la possibilité de le voir en France un jour.
Camila rentre du travail et je me mets derrière les fourneaux au menu ce soir, poisson, riz et carottes/brocolis sauce Yakitory. Un rapide point Skype avec Amaro et nous dînons avec Floflo. Le repas est super sympa et je me retrouve avec des beaux cadeaux avant de rentrer à la maison.Dîner,  Réunion chez Carlinhos Antunes avec Vitor, Gabriel Levy et  Toninho. La soirée est très sympa, tout le monde est positif et plein d’énergie. Nous envisageons les  projets pour 2016, l’enregistrement d’un album, mon retour au Brésil, concerts potentiels et des nouveaux morceaux. Tout va bien.
Retour à la maison de Butanta pour mon ultime nuit Paulista.

Ce petit carnet de route s’achève ici.
Merci à Nicolas Fily et l’Autre Idée pour avoir permis, encouragé et soutenu cette belle aventure.
Merci à tous les compagnons de voyages, Amaro, Vitor, Didier, Françoise, Pierre, Toninho, Carlos et tous les autres.